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Aarhon
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Ovnis nouvelle a critiquer

le Mar 23 Oct 2007, 17:23
Bonjour tout le monde, depuis peu, je me suis mis a l'écriture afin de tester mon talent dans ce domaine. ALors j'aimerai les mettre sur ce forum afin d'avoir vos critiques, remarque ou autre afin d'avoir un avis objectif ET constructif sur mon travail. Ce sont des nouvelles ayant pour thème le fantastique et la science-fiction. En effet, j'aimerai écrire un manuscrit mais il me faut faire des essais avant d'attaquer ^^

Benzemas, serait tu d'accord ? Vous autres, puis-je compter sur vous ?

Merci infiniment
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Benjamin.d
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http://ovnis-ufo.org/

Ovnis Re: nouvelle a critiquer

le Mar 23 Oct 2007, 19:10
Oui bien sur aarhon avec plaisir

_______________________________________
Veuillez svp respecter le forum en postant des messages sérieux et constructifs sans SMS. Merci à l'avance et bonne lecture.
Rendez-vous sur le blog: http://ovnis-ufo.org/ Poster votre témoignage: Cliquer ici Perte de mot de passe: cliquer ici
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Ovnis Re: nouvelle a critiquer

le Mer 24 Oct 2007, 02:38
Merci ^^

Je les mettrai sur un topic a part afin de ne pas mélanger les critiques et conseil.

http://ufologie.forumactif.com/autre-f37/celle-qui-hantait-ma-mort-t937.htm

http://ufologie.forumactif.com/autre-f37/en-quete-de-delivrance-t938.htm

http://ufologie.forumactif.com/autre-f37/tissez-donc-une-toile-mon-ami-t939.htm

Bonne lecture.

PS : pour biej apprécier les nouvelles, je vous conseille deux BO, The crow (le premier) et Dracula (de coppola). Une bougie et l'ambiance est garantie ^^
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Ovnis Celle qui hantait ma mort

le Mer 24 Oct 2007, 02:41
CELLE QUI HANTAIT MA MORT

Vous voulez connaître le secret de la mort.
Mais comment le trouverez vous si vous ne le cherchez pas au cœur de la vie ?
Le hibou dont les yeux de nocturne sont aveugles le jour ne peut pas découvrir les mystères de La lumière.
Si vous voulez en fait contempler l’esprit de la mort, ouvrez votre cœur au corps de la vie.
La vie et la mort ne font qu’un, comme la rivière et la mer.
Kahlil Gibran, le prophète

Je crois que la chose la plus frustrante, depuis ma mort, est de rester coincé dans cette fichue baraque. Ici, il y a une partie de mon passé, de mon existence mais aussi de ma damnation. Trois mois sans mettre le nez dehors ; pathétique, non ?

Ironie du sort, pendant près d’un an, je me suis efforcé de trouver la motivation nécessaire pour démissionner. Cependant, quelque chose parvenait à me retenir : un projet que je refusais de laisser inachevé, un dernier communiqué de presse qui avait besoin de ma touche personnelle, un mot aimable de mon patron ou de n’importe qui. Bref, je me suis inventé toutes les excuses possibles et imaginables afin de rester parmi vous, au lieu de me suicider. Maintenant je suis bien mort, mais à quel prix…

Dans mon salon, mes pas me portent machinalement jusqu’à la baie vitrée qui surplombe Newbury Street. Appuyé contre la fenêtre, je me retourne et embrasse la pièce du regard. C’est dans la pâle lueur du tube à néon de l’épicerie de Shelley Nash ; le mobilier semble vermoulu et comme patiné par le temps. Puis, en l’espace d’une seconde, chaque chose reprend à nouveau une apparence surannée. Tel un rideau brumeux, un voile humide s’est déposé dans les recoins de la pièce. Tout menace de s’écrouler au moindre effleurement. Le bois des portes et des meubles est gonflé de manière obscène au point de s’être fendu en de nombreux endroits. Une écoeurante moisissure s’écoule telle une graisse visqueuse par chacune de ses fentes. Le tapis qui était d’un vert glauque du temps où je travaillais ici, émet une étrange luminescence à l’image des champignons putréfiés qui luisent également dans la pénombre. Et l’ordinateur… je suis toujours mal à l’aise lorsque je jette un œil sur l’écran. Il ne représente plus grand-chose pour moi. Ce n’est qu’une simple machine conçue pour afficher quantités d’images phosphorescentes, presque évanescentes. Pouvez vous simplement imaginer à quoi ressemble une lumière pourrie comme corrompue ?

Je me replonge dans la rue. J’aime contempler ce quartier quand il est tranquille, comme déserté par les gens qui y habitent. J’ai pour habitude de me caler sur l’appui de la fenêtre et d’observer longuement l’extérieur. Lorsqu’on la compare avec d’autres quartiers de Boston, Black Bay n’est pas si ancienne que cela, mais les immeubles furent ainsi conçus que l’on pourrait les croire pressés de vieillir. D’une certaine manière, les briques effritées des façades et les faciès lépreux des gargouilles sont très réels. Il est pour moi si réconfortant de rester assis ici à surveiller les rues, tout en sachant, qu’au fond, elles correspondent à une réalité tangible.

Une nuit, pourtant, je parvins même à prendre une décision audacieuse. Je me glissais dehors, dissimulé par le manteau d’ombres de la rue, décidé à me rendre jusqu'à cette vielle boutique où l’on vend des gargouilles aux vivants. Lorsque j’eus passé le pas de la porte, je crus me retrouver au beau milieu d’une ville bombardée, ravagée par la guerre. Il n’y avait que des ruines et pas une âme qui vive. Au bout d’un moment, j’ai finalement aperçu ce qui devait être des ombres furtives, des regards luisant au clair de lune s’attarder sur moi l’espace d’une seconde… Etait-ce d’autres ombres ou je ne sais quelques démons avides d’âme en peine ? J’aurais aimé rester, les rencontrer et parler avec eux quitte à me faire dévorer pour mettre une fin à mon existence mais j’ai du me résigner à rentrer car elle m’appelait, de sa douce voix.

Avec une précipitation que je n’ai su contenir, j’ai couru jusqu’à la maison, la cherchant sans relâche, pour la revoir. La revoir et lui demander pardon… mais jamais elle ne se montra. Un peu plus de deux semaines s’écoulèrent et je n’avais pas réussi à trouver le courage de réitérer mon expédition nocturne. Cette angoisse était ridicule, je le savais, mais je ne me sens toujours pas à l’aise dans cette demeure. Celle d’Hélène, ma femme, ma lumière, ma damnation…Son corps, enfin ce qu’il en reste est toujours dans le salon. L’odeur devrait être insupportable maintenant et les voisins devraient commencer à se douter de quelque chose…

Comment tout ceci a commencé ? C’était il y a dix ans. J’ai grandi à Détroit, mon père travaillait à l’usine Chevrolet, et ma mère, après voir été vendeuse dans une armurerie avait pris sur elle de rester au foyer pour s’occuper de moi. Un jour, mon père perdit son travail et la situation à la maison s’est vite dégradée. Ma mère, pour payer les factures, s’est remise à travailler et mon père se laissait aller. Bien fréquemment, des disputes éclataient entre eux. Quand ce n’était pas lors du repas, c’était après que ma mère me mit au lit. Petit à petit, mon père qui n’arrivait pas à retrouver du travail s’est mis à boire. Il me frappa à plusieurs reprises et j’ai encore le souvenir vivace de ma mère encaissant les coups à ma place pour me protéger.

Un matin de décembre, j’ai appris que ma mère était morte, l’armurerie avait été braquée et un des braqueurs a abattu ma mère devant les policiers pour les obliger à l’aider à partir. Ce fut une douleur immense mais concernant mon père…. Il ne versa même pas une larme lors de son enterrement. Plus personne ne pouvait me protéger de lui et chaque jours où je rentrais de l’Université, je devais me faire violence pour rentrer chez moi, affronter mon père, son haleine empestant l’alcool, sa ceinture qui me lacérait le dos, j’en ai eu assez, Je lui ai volé quelques dollars et je suis arrivé ici à Boston.

J’ai rapidement appris à vivre dans la rue, survivre dans les bas quartiers de Boston. J’avais pris pour habitude de dormir près de la chaudière d’un hôtel, au moins, je ne mourrais pas de froid et un carton de frigidaire ainsi qu’une couverture que j’avais volés était mon seul confort. C’est en 1985 que j’ai rencontré Hélène. J’étais sur un banc public, emmitouflé dans ma couverture car les gens de l’hôtel avaient découvert ma présence. Je réfléchissais à un autre endroit où dormir car l’hiver approchait, j’ai senti quelque chose de chaud sur ma joue droite. Rapidement je fis volte face croyant qu’un autre SDF voulut me disputer le banc ou simplement me voler ma couverture mais je me retrouvai devant une jeune fille, pas plus âgée que moi. Elle était jolie ; ses beaux yeux verts me regardaient avec tendresse alors que ses cheveux noirs lui coulaient lentement autour de son visage si agréable. A sa tenue vestimentaire, je compris qu’elle ne vivait pas dans la rue, non… certainement pas. Elle tenait dans sa main gauche un grand café visiblement bien chaud avec un sachet contenant certainement une pâtisserie. Son sourire m’était destiné…

Elle s’appelait Hélène, étudiante en lettres. Sans doute m’avait elle pris en pitié, me voir grelottant de froid sur un banc comme un miséreux que j’était. C’est plus par la faim que par bon cœur que j’ai accepté son café ainsi que le pain au chocolat et nous avons discuté une bonne partie de la nuit. Je lui ai avoué mon histoire, j’avais une oreille pour m’écouter alors j’en ai profité pour vider mon sac. Quand je suis rentré chez elle, elle avait commencé à me déshabiller… J’ai essayé de lutter, je croyais avoir affaire à une folle mais elle riait de bon cœur quand elle me désigna la salle de bain…

J’ai soupiré de soulagement et j’avais pris soin de fermer la porte derrière moi. J’ai toujours été pudique et je n’avais franchement pas la tête à ça… Alors que je m’amusais avec la mousse, j’ai entendu le verrou de la porte de la salle de bain se débloquer. Interloqué, je n’ai fait que regarder Hélène surgir de la porte avec un tournevis à la main et dans l’autre des vêtements propres. M’attendant à ce qu’elle se déshabille, j’ai fait un monticule de mousse autours de moi pour ne pas lui montrer ce qui aurait pu l’intéresser. Je lui ai dit de sortir mais elle ria de bon cœur tout en retroussant ses manches et attrapant le savon pour me frotter le dos. Voulait elle vérifier si j’étais propre ou voulait elle me mettre en confiance ? Je ne sais trop mais ce moment passé dans cette sale de bain est un des souvenirs que jamais je n’oublierais…

Pendant qu’Hélène était à l’université, j’avais libre court dans son appartement, télévision par câble, Internet et même une bibliothèque certes petite mais assez tentante. Il y avait du Edgar Poe, Jean Ray, Charles Dickens, H.P. Lovecraft mais aussi du Maupassant, Voltaire, Issac Asimov… Je passais la majeure partie de mon temps à les lire, les étudier. Le soir, je lui posais des tas de questions sur mes lectures, ce qu’elle en pensait, comment elle voyait les personnages. Je me souviens que dans le livre « La couleur tombée du ciel » d’H.P. Lovecraft, nous avons passé une nuit entière à débattre si la fameuse chose dans le puits était une créature du mythe ou non.

A force, j’ai essayé d’écrire des nouvelles, m’inspirant de mes précédentes lectures afin d’épater Hélène… Elle passait bien du temps à me corriger au début, j’écoutais ses conseils, ses critiques… ses fous rires qui me vexaient un peu alors qu’elle descendait une de mes nouvelles, qui je dois l’admettre, était un véritable navet…. Le temps passa, l’édition de mes nouvelles, notre mariage, mon livre en librairie… Tout se passait bien jusqu’à il y a bientôt un an…

Un soir, où je l’attendais pour dîner, j’eus la surprise de la voir rentrer presque ivre morte. Elle prétendit qu’elle avait été à une collation de départ en retraite à son travail. Je l’ai crue au début mais en la déshabillant, j’ai trouvé la présence d’un petit suçon dans son cou… je n’avis pas souvenir de lui en avoir fait et cela m’intrigua… Un jour, je l’ai vu rentrer en sortant d’une voiture de sport, du côté passager. Cela devait être un collègue de travail me semblait il, mais le regard qu’ils se sont échangés fit naître en moi un horrible doute. Bien sûr, elle était toujours aussi câline et attentionnée envers moi mais ma jalousie naissante ne faisait que me dévorer…
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Ovnis Re: nouvelle a critiquer

le Mer 24 Oct 2007, 02:48
C’est un soir où j’ai prétendu me rendre à une réunion avec mon éditeur que je me suis caché dans le quartier, dans un appartement non loin avec vue sur la maison. J’ai attendu deux bonnes heures pour finalement voir arriver la voiture de sport… et l’homme rentrer par la porte alors qu’Hélène se jetait à son cou…

J’ai passé deux jours à pleurer, hurler, frapper les murs jusqu’à me casser la main… Ma rage et ma colère ne faisaient que grandir, il me fallait une explication. Elle a refusé de m’en donner. Au début, ce n’était que des mots, qui sont devenus des cris et finalement des coups… Je me revois encore, le tisonnier à la main, elle, sa tignasse ensanglantée tituber puis s’effondrer sur le tapis du salon. Je l’ai prise doucement, le visage noyé de larme, la regardant mourir sous mes yeux, dans mes bras… Qu’ai-je fais… Elle me regarda de ses yeux, devenant livide. Un regard mélangé de surprise et de colère me transpercer… Pourquoi n’ai je pas appelé la police, je l’ignore…

Je suis de nouveau sorti, j’ai cru voir quelque chose bouger dans la rue… Bien que les vivants fréquentent encore cette rue, ils ne sont que des images pour moi. Des images de ce qu’ils sont… des âmes. Un fantôme possède des pouvoirs fantastiques, le saviez-vous ? Déjà, je peux modifier ma vision à volonté ; infrarouge, ultraviolet… Mon ouie aussi s’est développée, je peux entendre une souris à deux kilomètres à la ronde. Je peux traverser n’importe quel obstacle comme si j’étais constitué de fumée… Notre plus grand pouvoir reste celui des auras. D’un simple coup d’œil, je peux déterminer l’état de santé d’un vivant. De la couleur de son aura et de l’aspect plus ou moins cadavérique que je peux entrevoir en me concentrant, je peux déterminer à quelques mois près l’espérance de vie qu’il aura, les maladies qui le rongent. Les ombres, ont une aura très spéciale, comme si une tempête interne se focalisait dans notre corps. Nous gardons l’aspect que nous avions à notre mort mais ce phénomène nous rendait particulièrement reconnaissable dans la foule si autre fantôme vous cherchait parmi cette foule d’âme… Oh, les vivants ne peuvent pas nous voir bien sûr mais vu comment nous voyons les choses, vous pouvez comprendre ce que je tente de vous expliquer…

J’ai vu une de ces auras, sitôt sorti, le spectacle d’apocalypse était de nouveau sous mes yeux. Dans la maison, tout semble normal mais une fois sorti, j’ai l’impression de me trouver dans une autre dimension… C’était le petit Jimmy… Je me souviens qu’il y a deux ans, un dramatique accident de voiture avait fait une victime, ce petit Jimmy qui fut fauché par une des voitures. Son ectoplasme qui lui sert de corps porte toujours les stigmates de sa mort violente. C’est la première ombre que je croise depuis mon « accident ».

Il m’apprit beaucoup de chose sur notre condition et ce qui est le royaume des morts. De ces propos, j’acquis une connaissance globale de notre situation et comment on peut voir la chose. Il faut que vous sachiez vivant que bien que la mort nous terrifie, elle nous fascine. Tout au long de l’histoire, l’homme a glorifié la mort, enveloppant sa peur dans un linceul de rites, d’apparat et de destruction. La science essaie d’arrêter la main de la Faucheuse, tandis que l’art et la foi cherchent à lui ôter sa sordide capuche et à toucher son visage livide.

Vous devez savoir que la mort n’est pas une fin ; le moment de la mort est simplement la fin d’un voyage et le début d’un autre. La majorité des âmes passent rapidement, probablement vers la Transcendance ou le néant. Toutefois les esprits des morts qui ont tragiquement perdu leur chemin deviennent des ombres. Ils sont embourbés dans leur passé, leurs souvenirs et leurs actions inachevées. Ce sont nos souvenirs qui nous permettent de tromper la mort, en fait ils nous empêchent d’atteindre le repos éternel. Certaines ombres sont mues par l’amertume et la colère, alors que d’autres poursuivent un idéal si puissant que même la mort ne peut le leur interdire. Certaines encore cherchent une sensation de plénitude, d’accomplissement qui leur a échappé toute leur vie, et d’autres se cramponnent à la Terre, terrifiées par ce qui les attend au-delà.

Ces errants se retrouvent prisonniers de l’Outre Monde, un semi univers immatériel entre le territoire des vivants et l’inconnu de l’éternité. Ils y sont entourés par des scènes de décadence permanente. Bien que les ombres arrivent à se manifester temporairement dans le monde physique, ou encore à posséder des mortels, elles sont condamnées à errer sans fin avec leurs souvenirs qui les enchaînent au monde qu’elles ont quitté. Beaucoup d’ombres sont le produit de morts violentes, subites ou cruelles qui les ont surpris avant qu’elles aient eu l’occasion de venir à bout de choses importantes dans leur vie. Ces ombres ne peuvent que résider que brièvement dans l’Outre Monde avant d’accepter la mort et de continuer leur chemin.

C’est ce que nous sommes. Jimmy est resté parmi nous pour je ne sais quelle raison et jamais il n’a voulu me le dire et moi c’est à cause d’Hélène… elle m’appelle… Soudain je vois Jimmy se figer sur place et me regarder avec l’œil qui lui restait d’un air horrifié. A une vitesse que je n’ai jamais vue, il s’est enfui. J’ai tenté de le rattraper mais il a vite disparu et Hélène qui continuait à m’appeler… Je restais sur place, à la défier. Un fantôme hanté par un autre fantôme… c’est à mourir de rire…….. Plus je restais là et plus son appel devint des hurlements et c’est finalement en tentant d’arriver chez moi qu’elle s’est tue.
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Ovnis Re: nouvelle a critiquer

le Mer 24 Oct 2007, 02:50
Qu’est ce que la transcendance et le néant ? Nier que quelque chose existe au-delà de l’Outre Monde serait comme fermer les yeux par peur de la vérité. Beaucoup le nient, toutefois, proclamant que seul le Néant guette l’imprudent. Les autres ombres croient que l’Outre Monde n’est qu’une sorte de purgatoire qu’il faut traverser pour atteindre un état supérieur. Les ombres appellent cet état la Transcendance. Passer par cette porte exige vraisemblablement que l’on abandonne son ego et que l’on nie toutes les leçons de la vie et de la mort. La Transcendance mène-t-elle à un paradis ou à un enfer final ? Le résultat est-il une réincarnation dans le cycle du karma ? Où cette idée n’est-elle qu’un leurre offert par les enfers pour alimenter le Néant ? Personne ne le sait. La transcendance est un aller simple pour une destination inconnue. En tous cas, atteindre la Transcendance demande que l’on traverse le vide, le noyau du Néant, et l’évocation du Vide paralyse de terreur la plupart des ombres.

Il est inutile de dire que la majorité des ombres ne recherchent pas la Transcendance. En fait, ils la craignent, et certains l’appellent le Jugement, une sorte de bilan final de leurs actes par une sorte de pouvoir supérieur. Peu d’entre nous accepteraient volontiers de se tenir nus dans la Lumière Divine : Beaucoup se sentent au-delà de toute rédemption. S’ils avaient le choix, ils resteraient liés à leur passé à jamais. Chose compréhensible car c’est tout ce qu’il nous reste… Pour eux, la damnation qu’ils connaissent vaut mieux que le mystère qu’ils craignent.

Quand au Néant, Selon certaines ombres, le néant serait l’aspect de la réalité d’où provient toute énergie destructrice, l’endroit où l’entropie accumule l’énergie qu’elle vole. Ce vide obscur serait l’annihilation, l’oblitération de toute chose reconnaissable, de toute bride d’identité. Si elle est bien l’essence et source de l’entropie et de la mort, alors elle est un élément essentiel de la vie car toute chose a une fin, ce qui est corrompu doit être nettoyé, l’ancien doit céder la place au nouveau. L’existence est un cycle et le Néant lui, absorbe ce qui n’est plus utile. Cela laisserait dire que si l’on disparaîtrait, il n’y aurait plus rien, pas un souvenir, pas une pensée, comme si on n’aurait jamais existé. Honnêtement je ne sais que penser de ce point de vue mais je n’ai pas envie de vérifier…….

J’essaie péniblement de ne pas penser à cela et lorsque je ne regarde pas par une fenêtre, je me rends dans mon bureau, devant la carte accrochée au mur à suivre le tracé des montagnes et des rivières que je n’aurai jamais la chance de voir, il m’arrive même de sentir le papier sous mes doigts, mais la sensation reste éphémère. Je me suis rendu compte que je pouvais passer à travers une porte, ou tout autre objet solide mais je ne peux plus les toucher. Etre privé du sens du toucher engendre un sentiment d’isolation insoutenable, frustrant et exaspérant ! Je passe donc mes soirées à contempler cette carte transpercée d’épingles à tête rouge ou bleue qui marquent les lieux que j’ai visités avec Hélène et ceux qu’on avait prévu d’y aller. Maquillée de cette sorte, l’Amérique semble en proie à une sorte de maladie qui ne cesserait de s’étendre.

Depuis mon décès, la carte reste un des rares objets que je puisse contempler pendant plus d’une minute. On y trouve des lieux et des noms merveilleux, des endroits que je n’avais même pas remarqués de mon vivant. Maintenant, je sais où se trouvent les montagnes Chocolate et la rivière Snake, j’ai même remarqué qu’il existait des lieux appelés Vérité ou Conséquences. Je reste là, des heures durant, à méditer sur les secrets qui se cachent derrière ces noms.

Les seules choses qui dépareillent sont ces épingles, de véritables verrues. Rouge cramoisi ou vert-de-gris, elles sont partout, gâchant le plaisir que je puise dans ma contemplation. Je suis un parcours sinueux d’une rivière qui descend du Canada et, avant que je n’ai parcouru cinq centimètres, voilà une de ces « putains » d’épingles. Boston est encerclée, Philadelphie est empalée, où mon regard se porte, elles sont là, elles transpercent et défigurent le continent nord-américain. Je déteste d’autant plus cela que je suis incapable de les retirer. Peut-être pourrais-je en faire trembler une ?
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Ovnis Re: nouvelle a critiquer

le Mer 24 Oct 2007, 02:54
Celle marquant Saint-Louis, là où nous devions aller paraît mal fixée. Elle a bougé ! « Sors de là, « lui criais-je, « Sors de là, salope ! « hurlais-je en trépignant. Sachant que cela ferai chier Hélène suffit à me procurer une motivation supplémentaire, cette pensée semble accélérer les mouvements de l’épingle. Mais cela ne semble pas suffire, comme si ma haine n’était pas assez puissante, il en faut plus. Je ferma les yeux et fit un pas vers la carte, espérant que l’épingle se détachera cette fois-ci. Elle viendra, je le sais ! Je ressentis soudain une vive douleur, l’épingle est venue à moi et s’est plantée dans la paume de ma main. Malgré cette souffrance une fois de plus éphémère, je suis parti d’un grand éclat de rire. Curieusement, je ne trouvai plus cela amusant du tout, me retournant, j’ordonnai aux autres épingles de se détacher. Je ne ferma pas les yeux ce coup là, je sais qu’elles obéiront.

Une par une, elles bougent, se détachent pour venir s’empaler dans la paume de ma main droite tendue vers la carte, la douleur est telle que je me suis retrouvé à genoux. Un fluide brillant coule le long de mon bras alors que les épingles continuaient à se planter dans ma main. Mes sanglots étouffent le ricanement qui montait dans ma gorge. Les pointes s’enfoncent plus profondément encore et pourtant je continue à les attirer à moi. J’entendis Hélène rire, d’une voix fluette, le rire se fit de plus en plus fort, pour devenir un hurlement sinistre puis s’éteint. Je réalise alors que je n’éprouve plus aucune douleur.

La carte est maintenant vierge, nettoyée de ces billes de couleurs, elle est encore parsemée de minuscules trous, mais elle est maintenant comme je la désirais. Ma main est hérissée de têtes d’épingles rouges et bleues. En prenant une grande inspiration, doucement, je posai la paume de ma main contre le sol, en appuyant aussi fort que je pus. Si j’ai le courage d’endurer la douleur, alors je l’aurai pour affronter Hélène et sortir de sa prison. Je continuai à presser la main contre le plancher mais la douleur devenant trop violente, je ne pus retenir un long hurlement et m’écrouler à terre en pleurant.

J’en ai assez de cet enfer, cloîtré dans cette fichue baraque. Il m’arrive de rentrer dans mon bureau du rez-de-chaussée pour voir mon corps. Cela est malsain je l’accorde mais il me donne le courage et la motivation pour affronter Hélène. Ce qui m’a étonné c’est que je n’ai rien senti… Cela faisait deux mois que j’avais tué Hélène, terré dans la maison n’osant sortir, sursautant à chaque fois que j’entendais une sirène de police. Une fois j’ai vu la voiture de sport passer devant la maison, ralentir puis partir simplement. S’il avait sonné ? Je l’aurais certainement tué lui aussi. C’est en me dirigeant vers la porte pour aller à la cuisine que cela s’est passé. Machinalement, j’ai voulu prendre la clinche de la porte pour l’ouvrir et j’ai vu ma main passer au travers. Effrayé par ce que je vis, j’ai vivement retiré ma main et je me retournai dans la pièce, cherchant à comprendre ce qui venait de se passer. C’est là que je l’ai vu. Il y avait au plafond un lustre en étain et argent que j’avais acheté par coup de cœur. Il était tombé, sur moi… Je vis mon propre corps giser par terre, le crâne fracassé, le corps parcouru de spasmes…

Je n’arrivai pas à réaliser ce que je voyais. Etait-ce une hallucination ? en m’approchant de mon propre corps, j’ai vu ma vision se brouiller, s’obscurcir et entrapercevoir mon aura quitter le corps qui fut le mien… j’ai essayé de le toucher mais une fois encore, ma main était comme immatérielle. Je compris que j’étais mort. Ce qui est étrange c’est que le lustre était bien fixé… Salope ! C’est elle qui m’a tué et maintenant elle me torture, elle joue avec moi. Dans mes moments de solitude, il m’arrive de l’entendre rire ou chanter, quelque part dans la maison. Bien sur, je la cherche afin de lui demander pardon, qu’elle me laisse tranquille mais jamais elle ne se montrait. Parfois, je sentais même sa présence mais rien n’y fit, elle demeurait invisible…

Je suis en face de la porte du salon, là où sa dépouille demeure. Il faut que je l’affronte, que j’exorcise mes démons qui me retiennent ici. Lentement je fermai les yeux et je fis deux pas en avant. Je restai un moment immobile, m’attendant à sentir des doigts griffus et glacials me serrer la gorge et de voir un démon grimaçant empruntant les traits d’Hélène me regarder d’un air moqueur, avide de vengeance. Rien, pas un bruit, pas de doigts serrant la carotide… J’ouvris les yeux avec une peur certaine. Pas de spectre mais le corps en décomposition d’Hélène toujours allongé sur le tapis tel que je l’avais laissé le soir de sa mort. C’est à genoux que je l’ai supplié d’arrêter, de se montrer à moi pour expier ma faute. En vain. J’ai passé le reste de la journée appuyé contre la fenêtre espérant qu’elle décidera à se montrer pour qu’on en finisse.

Je regarde dehors et je pâlis… la jeune Jenny. Elle traversait la rue, sans voir la voiture qui lui arrivait droit dessus. Cette fille était la gentillesse incarnée, elle n’avait rien fait ! J’ai vu son aura devenir noire ébène, elle allait mourir. Non, pas elle. Instinctivement j’ai surgi hors de la maison par la fenêtre afin de l’intercepter, empêcher l’accident mais cela n’a servi à rien, j’avais oublié mon immatérialité. Je lui ai traversé le corps. J’ai entendu le choc, le freinage qui me stria les oreilles et les cris. Je vis Jenny se tenir debout, devant moi en train de réaliser ce qui venait de se passer. Elle voyait son propre corps désarticulé et ensanglanté sur le capot de la voiture. Le chauffeur, en état d’ivresse ne semblait pas vraiment réaliser ce qu’il venait de faire. Des gens accouraient de partout pour voir le spectacle…

Elle me regarda de ses yeux humides et pleura. Elle me voyait maintenant, une ombre de plus. C’est alors que je vis son aura illuminer d’un jaune brillant. Elle se transcendent ait ! Elle si jeune, si jolie, mourir de cette façon est ignoble et le pire c’est qu’elle avait droit à une seconde chance, pas moi…. Elle disparut lentement, je revois encore la panique que je pouvais voir dans ses yeux, ce qui pouvait bien avoir là haut…

J’ai hurlé, hurlé si fort que j’aurais pu briser tout objet de verre à
des kilomètres à la ronde. C’en est assez, je n’en peux plus. Il faut
que je parte, que mon cauchemar finisse une bonne fois pour toute. J’ai couru, couru des heures. Hélène m’appelait mais je refusais de rentrer. Ses appels finirent comme toujours par devenir des hurlements sans fin… C’est en rampant, accablé de fureur et de douleur que je suis finalement rentré à la maison, mes tympans ne pouvaient plus supporter ces cris infernaux.

Je suis rentré Hélène, calme toi….
C’est bon, je suis là, je t’en supplie tais-toi…
Ca suffit, arrête, où est tu que je te fasse taire pour toujours, sale pute !
Où es-tu !
JE T’EN SUPPLIE TAIS-TOI !
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Ovnis En quete de délivrance

le Mer 24 Oct 2007, 02:56
Pour les vivants, le plus difficile a été d’imaginer ce que nous sommes une fois la non mort venue. Vivre est déjà un grand problème, alors pourquoi craindre la mort ? Qu’avons-nous fait pour subir cette absence de fin ?

Nous naissons, grandissons, vieillissons, mourons de vieillesse ou d’accident, et la vraie mort ne vient pas. Aujourd’hui, tous les humains sont condamnés à sortir de la tombe pour revenir tourmenter les leurs. Chacun d’entre nous souhaite mourir « proprement » pour ne pas effrayer ses proches lors du retour. Mes parents sont morts de vieillesse, mon frère a été tué par une mine antipersonnelle oubliée. C’est un zombi unijambiste éventré et rampant que j’ai délivré de son sort. Pour rendre à Dieu ces créatures, il faut en détruire le corps de la manière absolue. Est-ce que vous pouvez imaginer ce que c’est que de porter le deuil de son frère, d’organiser ses funérailles et d’aller attendre à la sortie de son caveau, en habit de funérailles, une arme à la main et une fiole d’acide dans son sac ?

Le réveil des morts

Nos ancêtres avaient longtemps fantasmé sur ce sujet. Ils avaient imaginé des histoires de fantômes, de vampires, sans jamais en avoir croisés, ni même avoir eu la preuve de leur existence. Mon père, avant de les rejoindre, me disait souvent : « l’horreur c’est quand les morts font la guerre aux vivants ». Combien étions nous de vivants en ce temps-là ? Des millions, guère plus… Et combien de fois plus de morts, depuis le début du règne de l’espèce que l’on nomme Homme ? Heureusement, ne sont revenus à la non vie que les morts récents, victimes de ce virus ou je ne sais quoi, au fil du temps, les deux camps sont à égalité, avec cependant un net avantage pour ces derniers, qui ne peuvent plus « mourir », sauf mesure drastique de destruction physique.

Selon une rumeur, on dit que là-bas, dans la mort, ils ont rencontré tous les autres, ceux qui connaissent l’attente depuis la mort du premier homo sapiens. J’ai du mal à imaginer qu’on puisse rencontrer des rois, des chevaliers avec un simple berger. J’imagine encore moins ce qu’on peut en retirer une fois de retour parmi les vivants… La sagesse ? C’est faux, la rancune, l’amertume ? Invariablement…

Maîtres et esclaves

Tout est arrivé si vite… Dès lors on ne parla plus du royaume des morts et de celui des vivants, mais d’un monde bicéphale où la barrière a été brisée. Nous voici contraints de vivre le jour et de nous cacher la nuit ; obligés de rebâtir des villages à la campagne car ces monstres ont envahis nos villes, puisqu’ils aiment les couloirs, les cryptes, les tunnels et l’ombre des ruelles… Ils veulent hanter la nuit et se cacher le jour. Regroupés dans les cités qu’ils ont bâties et détruites autrefois, ils errent dans l’unique but de soumettre les humains à leurs volontés. Je dois l’avouer, ils nous dominent : nous vivons encore comme du bétail craintif, nous cultivons nos maigres terres, fuyons dans nos maisons quand le jour décline. Nous subissons de plein fouet une ségrégation spatiale et temporelle : à eux les ruines et la nuit, à nous les campagnes et le soleil. Au village, comme ailleurs sans doute, nous sommes revenus aux anciennes superstitions : ail, croix, pieux, miroir… en vain : les ténèbres venues, hors d’une habitation, nous sommes devenus des sursitaires.

Parfois, ils viennent frapper à nos portes la nuit, réclamer un mourant ou un malade pour peupler leurs rangs et apaiser leur soif de chair et d’âmes. Dans la foulée ils exigent que nous pavions une route, rétablissions un pont, laissions quelques vaches pour nourrir les plus dégénérés… J’ai honte d’être si lâche, si soumis lorsqu’un homme que j’ai connu vivant vient parler à ma porte la nuit, me rappeler qui il était pour moi et qui j’étais pour lui avant, puis exiger de moi un service que j’accepte de faire servilement. Oui j’ai honte du cadavre bien réel qui est là, derrière la mince couche de bois… D’avoir peur du souvenir de la personne qui me chuchote des choses abominables.
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Ovnis Re: nouvelle a critiquer

le Mer 24 Oct 2007, 02:57
Marc et Rachel

Moi, le pauvre Marc… moi qui ne souhaite qu’une chose : quitter ce lieu de souffrance et trouver une condition plus digne, avec ma femme. Elle s’appelle Rachel, on dit que c’est une plante vénéneuse. Peut-être que sa beauté, ainsi que notre passion fait des jaloux : peut être ne seront jamais heureux ensemble. Tout m’importe du moment qu’elle soit vivante, elle. Elle déborde de joie de vivre, d’exister, si rare chez les autres humains. Je l’aime, elle est ma promise. Mais quelles conditions pouvons nous espérer dans ce monde ruiné où les humains doivent partager avec les morts ?

D’emblée, ils viendront la nuit, exiger l’un de nous deux, pour l’emmener. Ainsi ils briseront un ménage, ruineront un avenir, par pure jalousie, parce que ces êtres-là ne peuvent pas aimer. Si jamais ils acceptent notre union, c’est uniquement parce que nous serons considérés comme sains, aptes à la reproduction et à la stabilité du cheptel dont ils sont eux-mêmes issus. On gratte à mes volets la nuit, lorsque nous nous enlaçons… Il ne faut pas que nous nous plaignions. Rachel m’a raconté l’histoire d’une enfant qui vivait avec un père incestueux. A la mort de ce dernier, elle se croyait libérée, jusqu’à ce qu’il revienne, totalement putréfié, pour prolonger l’horreur. Elle se suicida, pensant trouver la délivrance. On raconte que les deux zombis se sont retrouvés dans la non mort.

Leur jalousie

Rien ne m’empêchera d’aimer Rachel, pas même ces affreuses histoires. Travaillant durement la journée, nous nous retrouvons la nuit, à nos risques et périls puisque nos maisons ne sont pas mitoyennes. Autrement, je lui écris des lettres, protégé par la lueur des bougies. Tout le monde est habitué à dormir peu et avec de la lumière, redoutant la panne d’huile ou de cierge, le courant d’air mal venu. Nous sommes barricadés, les volets sont renforcés du mieux que l’on peut, les seuils des portes sont bénis et cloués d’amulettes : on dit qu’un non mort n’entre que là où il est convié. Voici pourquoi ils aiment les villes, dont ils ont pris entièrement le contrôle et où ils peuvent aller et venir sans difficulté. Ils sont toujours là à nous épier. Ils rôdent et émettent d’affreux sons. Le jour, ils chargent les villageois de nous surveiller, moyennant quoi ils épargnent les enfants ou promettent de bien les traiter lorsque leur tour viendra.

Certains de ces êtres ont un ascendant psychologique incontestable sur nous. Ce charisme semble proportionné à la persévérance de leur âme. Une fois mort, un homme, une femme ou un enfant bon devient mauvais, profondément. Si jamais l’individu était mauvais de son vivant, il continue de plus belle sur la voie de l’ignominie. Que se passerait-il si jamais Rachel mourait, elle qui est de santé fragile ? Serions-nous des étrangers l’un pour l’autre ? Et moi, s’il m’arrivait quelque chose, la ferai-je souffrir ?

De l’autre côté

Je dois me dépêcher de ne pas rater la cérémonie. Ce n’est pas tous les jours qu’on accueille son fils dans la non mort. Celui qui naquit six mois après mon décès est mort il y a deux jours, à l’âge de vingt ans. J’ai vu son corps exposé dans la chambre de Rachel : ils ont arrangé son cadavre, démembré lors d’une terrible chute de cheval.

Une nouvelle naissance

Conformément à la loi, le corps sera déposé dans le caveau par les vivants, de nuit, en notre présence. C’est le seul moment où nos deux peuples se côtoient paisiblement. La cérémonie sera brève : à minuit Bruce se relèvera, à l’instant où le cortège des vivants devra quitter l’enceinte sacrée. Si d’aventure un humain reste à proximité pour détruire le nouveau mort, comme j’aimais le faire de mon vivant, une belle bagarre s’engagera. Je dois avouer que les Donneurs de Repos Eternel sont de plus en plus compétents : à ma mort j’ai échappé de peu à une bande d’entre eux payés par Rachel. Elle espérait m’offrir le salut, mais qui peut dire si la vraie mort est un salut ? Nul ne la connaît, nul n’en est revenu.

Tout en marchant, je n’arrête pas de penser à ce fils enfin mort et enfin mien. Tout comme mon père n’arrêtait pas de languir mon retour à ses côtés, il y a vingt ans. Condamnés pour l’éternité, il ne nous reste plus guère de plaisirs, l’attente égoïste et possessive en étant un des principaux. Nous avons instauré un nouveau règlement : pour toute naissance humaine, les esclaves doivent bâtir un caveau, portant le nom du bébé. Ce réceptacle est volontairement laissé à l’abandon jusqu’à la mort, il devient aussi le berceau de poussière où renaîtra le corps. C’est pourquoi je connais bien l’endroit où je me rends ce soir : la tombe de mon enfant est un édifice de bois vermoulu et de fer forgé, jouxtant le sépulcre prévu pour Rachel et ma propre sépulture, à jamais profanée de mes mains mortes.
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Ovnis Re: nouvelle a critiquer

le Mer 24 Oct 2007, 02:57
Le défi du temps

Au fond de ma poitrine caverneuse et vide d’entrailles –je suis mort en hiver, dévoré par un loup- aucun cœur ne bat et pourtant je crois l’entendre. Un vieux réflexe inamovible, comme les démangeaisons fantômes cul-de-jatte. Une certaine angoisse me torture, c’est un plaisir divin de souffrir moralement quand aucune douleur physique ne vient briser la monotonie de l’éternité. Nous avons eu la chance, le privilège de rester sur ce monde après la fin de nos vies. L’éternité est avant tout, dans notre optique, une absence d’ultimatum temporel. Jamais je ne serai « trop vieux » ou « pas assez mûr ».

Partant de ce principe simple, tout revêt une dimension ludique, tout est prétexte à s’amuser, pour meubler cet infini. Il m’est possible de préparer des stratégies à long terme, de prévoir un scénario de destin à tout un lignage, toute une famille, qui progressivement me rejoint dans ma condition. Les protagonistes que je manipule passent de mon côté une fois morts, ce qui offre une variété de possibilités et de dénouements considérables. Vous l’aurez compris, j’aime jouer et gagner. Le tarot, les échecs et tous les jeux de pions sont autant de sciences, dans lesquelles je m’améliore tous les jours. C’est aussi ça la non mort : avoir l’éternité pour apprendre et se corriger. Je convoite maladivement tous les livres qui sont à ma portée. Avec précaution je les range dans une cave près de notre cachette, là je lis, j’archive, et je m’améliore. J’ai l’éternité pour m’accaparer le savoir de dix milles ans de civilisation. Bien sûr, j’ai un penchant pour les livres de ma vie passée, par nostalgie… J’ai remarqué que les vivants sont également des boulimiques de connaissance, dans la limite de leurs faibles possibilités. Ils essaient en vain de conserver pour eux seuls les restes de leur patrimoine. A long terme, tout sera à nous. Car tôt ou tard, tous nous auront rejoints.

Une pâle copie

J’ai quitté notre repaire vers 21 heures, j’étais le premier levé… et le premier à quitter les lieux. Mon père dormait, et mes frères de condition somnolaient plus ou moins, leurs globes oculaires retournés et les paupières ouvertes. Nous nous cachons toujours ensemble, dans des lieux aux fenêtres peintes en noir, au cœur des villes. Notre existence végétative est collective, mais nos vies nocturnes sont individualistes. Les modalités de nos regroupements obéissent aux règles de la fratrie, c'est-à-dire que notre hangar est uniquement constitué de morts-vivants originaires d’un même lieu. C’est une sorte de réunion familiale : une fois non morts, nous poursuivons nos existences près de nos parents, nos voisins, nos amis, comme au cimetière paroissial. Les ténèbres s’épaississent de plus en plus, ma démarche est plus sûre, mes yeux luisent et effraient les petits animaux des bois. Là-bas je croiserai un de mes frères, David, qui a prétendu désirer lui aussi assister à la cérémonie.

Un simple jeu

Il me faut encore traverser le village pour accéder au cimetière et accueillir mon fils. Dans ma nouvelle condition, il n’y a plus de maternité, ni de décès, juste ces arrivées/retrouvailles, gérées au mieux par notre subtile politique tantôt malthusienne, tantôt nataliste. En effet, il faut respecter une croissance raisonnable dans nos rangs. Tuer tous les êtres vivants entraînerait la fin du système et la crise de notre société. Laisser les vivants se reproduire et nous submerger entraînerait notre perte. La loi c’est « pour un mort vivant libéré de la non mort, un vivant offert à la non vie » puis « pour un vivant qui nous rejoint, une naissance parmi eux. »

C’est un moyen pour nous de réguler le cheptel humain grâce à quelques décès provoqués, tout comme certains accouplements. Dans mon cas, mon remplacement était déjà en route, mais un élément perturbateur est venu modifier ma stratégie. Rachel a porté mon deuil pendant un an. Mon fils est né sous mes yeux, dans une chambre drapée de noir à la fenêtre de laquelle j’étais accoudé. Mes griffes passaient et repassaient sur les carreaux, puisqu’on avait laissé les volets ouverts, sous mes menaces. Quelque temps plus tard j’ai découvert l’existence de Jod, son nouvel amant. Ce vivant contrariait la première esquisse de mes plans, j’ai dû m’adapter. Pendant vingt ans, j’ai joué sa vie au tarot avec Rachel, sous le regard de Jod.

Plusieurs fois, il a essayé de me détruire, par traîtrise ou appelant les villageois en renfort. J’ai toujours su les dominer, les manipuler en faisant appel à leurs pires secrets, révélé par leurs morts. J’ai toujours tourné le jeu en ma faveur et à celle de ma promise, de façon à temporiser, à n’emporter avec moi qu’un fils adulte. Malheureusement, il y a eu cet accident… Elle n’a engendré qu’une légère précipitation dans ma stratégie, puisque je comptais reprendre mon enfant le jour de ses vingt-et-un ans.

La cérémonie

Le village où j’entre désormais au petit trot m’est familier depuis longtemps. J’y viens souvent… avec mon père, mais sans ma mère, depuis qu’un Donneur de Repos Eternel l’a eue, une de ces nuits trop courtes de juin. Peut-être un jour, je la rejoindrai… D’un geste violent et impérieux, j’écarte un vivant qui courait vers sa maison, de retour du cimetière. Il tombe et trébuche, ne crie pas tant il a peur de moi. Il sait qui je suis, nous étions camarade de classe. Dans l’obscurité, il ne m’a pas vu venir, et il le regrettera dans tous ses futurs cauchemars. Je l’épargne ! J’aurais pu le tuer, dévorer ses entrailles, boire son sang, me repaître de son cerveau, mais le temps presse. Le cimetière est en vue, quelques revenants sont déjà là, ainsi que les vivants et le cercueil sans verrou. Je salue mes frères de destin et fixe Rachel. Mon œil droit est énucléé, le gauche n’est plus qu’un globe blanc. Pourtant je vois. La deuxième phase d’un plan complexe s’achève
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Ovnis Re: nouvelle a critiquer

le Mer 24 Oct 2007, 02:58
La mort est une farce

Je croyais retrouver dans l’Au-Delà les milliards d’êtres humains qui m’ont précédé ; je croyais rejoindre ce gâchis absolu où médiocres et génies sont condamnés au repos stérile, dans cette immense absence que sont les cieux, là où ils ne peuvent ni juger, ni parfaire leurs œuvres, juste observer la vanité ou l’inachèvement systématique de leurs misérables et mortelles existences… Je croyais les rejoindre et trouver le bonheur, auprès des miens, en attendant Rachel, je me suis trompé lourdement. Je ne suis plus rien, pas même un fantôme, pas même un esprit enfermé en enfer ou au paradis. Je suis vraiment mort et silencieusement je hurle.

Sitôt entré dans le cimetière, j’ai vu Jod se jeter sur moi, me transpercer le ventre avec un pieu, et Rachel me jeter au visage une mixture d’acide, comme elle venait de le faire avec le cadavre de mon fils. Le vent a dispersé mes restes, j’ai vu toute la scène d’en haut. J’ai détesté une dernière fois cette femme.

Une haine éternelle

Le romantisme a ses limites : vivant, je croyais que Rachel mourrait avant moi ; qu’on me verrait me glisser dans l’église, ramper vers sa tombe, encore plus d’un an après sa mort, pour murmurer sur son cercueil « épouse-moi », y déposer des roses… La vérité ne fut que putrescence, l’amour ne survit pas à la non mort car c’est une force de la vie, pas de l’éternité. C’est sans scrupule qu’elle vitriola ma face de mort-vivant, et jamais elle ne vint pleurer sur ma dépouille. Elle m’a tué par haine et dégoût… si elle avait seulement pu deviner l’ampleur de ma haine, de mon dégoût. La perversité de mon âme se fondait alors sur mes regrets et ma jalousie. Comprenez vous que mort-vivant, on reste ce que l’on est, qu’on ne varie plus ? Vous l’êtes pour (théoriquement) l’éternité. Une bagarre vous ornera de cicatrices, de mutilations, un ami vous tatouera ou vous changerez de vêtements et de coiffure, mais pour toujours vous serez le même, rigide, fixe, laid. Au contraire, la vie, la véritable existence, celle de Rachel, s’inscrit dans cette merveilleuse dimension qu’est le temps. La beauté de la vie réside dans l’évolution : ma Rachel que j’ai vu grandir, mûrir, se faner un peu. Elle a passé le cap de la trentaine, frôlé la quarantaine, son visage s’est durci, son allure est toujours différente, comme son humeur.

L’empreinte du temps

C’est là que réside l’absolue beauté de la vie, chose dont nous sommes privés. C’est essentiellement pour cette jalouse raison que je jouais avec les vivants, pour me donner l’impression de contrôler une chose que je ne contrôlais plus : le temps qui passe sur le corps et l’âme de l’humain. C’est la même raison qui pousse le vivant à chasser le revenant : dans sa laideur rigide du mort qui marche, le vivant voit un être qui le concurrence et le dépasse parce qu’il n’est plus soumis au temps. Le vivant subit le temps qui passe et refuse de côtoyer des êtres immortels. Le mort-vivant subit l’éternité et jalouse ces créatures qui jouissent du bonheur d’évoluer.

Morts-vivants on contemple la vie et le désastre final auquel elle aboutit. On temporise, on pourrait enfoncer toutes les portes, détruire l’humanité, mais on préfère attendre, voir comment on nous appréhende et envisage notre destruction. Ils veulent nous renvoyer à Dieu, nous donner ce qu’ils croient être la paix éternelle pour conserver le monde pour eux seuls, le temps de leurs misérables vies terrestres. Ils forment des commandos pour nous traquer, nous libérer par le feu ou par les armes. Hélas, comme tous les morts-vivants, je suis encore là, car il n’y a rien là-bas. Rien. La mort est bien la plus grande déception de la vie.

Sans le repos

Nul ne connaît ce qu’est la fin, personne ne peut dire s’il y en a une. Lorsque le feu et l’acide m’ont détruit, j’ai crû enfin voir l’aboutissement de ce long périple, connaître le repos. Mais je suis encore là, pur esprit, conscient et présent. Vous ne pouvez me voir ni m’entendre, je ne vous effraie pas, comme le ferait un fantôme… Je ne suis plus rien, sinon un reliquat de pensée, une conscience éternelle. Je suis partout, là et ici, je perçois tout mais ne peux plus rien faire. Je suis le témoin de ce qui se passe dans l’univers tout entier, mais je n’ai plus le moindre moyen d’exister. Aucun corps ne m’accueille, je ne suis plus rien, mais je suis encore là. La vraie mort n’est qu’un commencement, alors que ces fous croyaient me donner le repos pour toujours, le dénouement du roman de ma vie, l’épilogue de ma réalité… Toutes les religions du monde ont des synonymes pour cet état de délivrance, mais les cultes et les légendes sont le fait des vivants. Je n’ai rien eu de la mort, sinon cette nouvelle condamnation à l’existence.

Quand Rachel s’est donné la mort, je l’ai vue revenir. Tout le temps elle hante les rues du village, effraie les survivants en souhaitant secrètement, comme nous tous avant, être un jour libéré par un Donneur de Repos Eternel. Dérisoire espérance, elle ne trouvera aucune paix, elle ne rejoindra ni son fils, ni son premier amant. Elle sera comme moi, comme vous, comme les milliards d’autres : condamnés à l’éternelle conscience. Jusqu’au crépuscule du monde elle sera le témoin de ses erreurs et de leurs conséquences. Dans mille ans, elle, moi, eux, vous, nous regarderons encore le monde et les résultats de nos vies, comme autant de battements d’ailes de papillon ayant entraîné autant d’ouragans.

La malédiction des dieux

Nous détruisons ce monde, nous, les humains. Nous, les humains. Nous avons guerroyé et usé de cruauté en croyant en un Au-Delà meilleur. Or il n’y a rien. Témoin de tout, conscient éternellement et incapable de toute ingérence dans la réalité… C’est ce que je croyais être la condition des dieux.

Je suis un Dieu qui souffre.
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Ovnis Tissez donc une toile mon ami

le Mer 24 Oct 2007, 03:01
Bonne soirée à vous, chers lecteurs. Ce que j'ignore c’est comment vous avez fait pour obtenir ce journal car il était bien en sécurité. Ce qu'il contient, pour certains, est trop abominable, trop dangereux pour celui qui portera ses yeux sur ce qui est écrit. Ce qui suit n'est pas une oeuvre fantastique ni une nouvelle de Science-fiction. C'est la pure vérité, telle que j'en ai été témoin. Vous allez sûrement être réprimé par ma conduite et mon silence mais je m'en moque car si vous lisez ceci, c'est que je suis mort et les morts n'ont pas de comptes à rendre aux vivants...

Ceci est mon journal que j'ai tenu durant ma jeunesse. Jeunesse que j'ai accomplie à Londres, celle-là même qui m'a vu naître, grandir et probablement mourir, quand mon heure viendra. J'ai déchiré les précédentes pages car elles sont sans intérêt pour moi comme pour vous. Après avoir lu ce qui suit, je vous saurais gré de brûler ce journal, il appartient au passé. Car pour tout ce qu'il contient, il n'y a eu que ce qu'il mérite, mon cher patron, Mr Hellston...

21 février 1864

Mon nom et de Jonathan Mac Kerdin, je sais bien que vous pouvez le lire sur l'enquête du journal mais le temps l'aura certainement effacé. Je suis né à Dumfries en Écosse, il y a bientôt 22 ans. Je travaille actuellement à Londres, dans le bureau de M.Hellston. Ce cher homme, c'est de lui dont il est question. C'était le patron et l'être humain le plus abject et immoral que la création ait pu engendrer. Bien que ce soit le goût du hasard qui m'a permis de me trouver ici, je n'ai jamais aimé cet homme. Dès que je l'ai aperçu pour la première fois, j'ai su tout de suite quel genre de gentleman c’était. Un homme qui peut paraître courtois, polis au premier abord mais qui se révèle dangereux et sournois une fois qu’il nous possède.

M. Hellston était un homme d'affaires comme il y en a tant, en Angleterre. Ses principaux revenus venaient de ses navires qui conditionnent le monde, il était armateur. Son entreprise importe toutes sortes de marchandises principalement avec les Amériques et les comptes en Afrique. Comme je le disais, cet homme était des plus détestables car il n'avait aucune considération autant pour ses proches que pour ses employés. Si j'ai su garder ma place, c'est grâce à mon silence, ma patience et ma perspicacité. De nombreuses fois, il a essayé de se débarrasser de moi mais j'ai toujours su « retomber sur mes pattes ». Bien sûr, il aurait pu me licencier sur-le-champ les mains réparties et mon astuce naturelle a dû impressionner plus d'une fois.

22 février 1864

Ce qui suit est le début de cette histoire, il faut quand même que vous sachiez que j'ai rédigé ce journal avec un certain temps de retard. Il m'a fallu un certain temps pour avaler ce qui suit. Je me demande encore comment j'ai fait pour garder la raison... Quand je me trouvais dans la maison de M. Hellston, mon travail consistait à être son esclave. J'étais chargé principalement de tenir à jour ses livres de comptes et d'arranger ses journées entre ses clients et ses loisirs. Si vous saviez ce qui peut l'amuser... La plupart du temps, je me devais être à son entière service. Ce jour-là, il avait rendez-vous avec le vieux Perry, le capitaine d'un de ses navires. Je me trouvais devant la porte avec un plateau garni de gâteaux et d'une bouteille de scotch, M.Hellston me l'avez commandée. Bien que la porte fût épaisse j’avais clairement entendu la voix du vieux Perry.

-NON, C’EST HORS DE QUESTION !
-Asseyez-vous, vieux bouc ! Vous n'avez rien à dire.

J'avais bien entendu frappé à la porte avant d'entrer. Le vieux Perry se tenait debout, le visage écarlate de colère. M. Hellston, lui, se tenait confortablement dans son fauteuil en cuir, le regard toujours aussi serein. J'ai stoppé net quand j'ai vu le vieux Perry se mordre ses lèvres, j'ai bien que le qu'il allait écraser la gorge de mon patron. Le geste de la main de M. Hellston à mon intention pour apporter la bouteille me fit reprendre les esprits.

-Asseyez-vous vieil homme. Ce que je vous demande n'est pas compliqué, alors cessez de faire le fier. De plus vous ne m'avez pas laissé finir.
-Pourquoi je le ferai, vous n'êtes qu'un monstre. Jamais je ne coulerai mon navire
Cette conversation ne me surprenait guère. M. Hellston avait le mérite d’être un escroc remarquable, surtout avec les assurances...
-Ce que je vous demande, même un enfant pourrait le faire, alors asseyez-vous et buvez ce scotch, vous m'en direz des nouvelles.
-Vous ne pouvez pas me demander ça, dit-il tout en s'asseyant péniblement. Pourquoi voulez vous que je le coule ?
-Mais pour l'argent, pardi ! L’assurance couvrira tout et je vous en paierai un tout neuf, le Clémence n'est plus qu'un rafiot bouffé par la rouille et il n'est plus assez grand.
-Non, je ne le coulerai pas, c'est hors de question.
-M. Perry, dois-je vous rappeler que c'est moi le patron. Vous ferez ce que je vous dis de faire. Si vous voulez repartir en mer, je vous conseille de mettre votre fierté dans votre poche. Vous savez que j'en ai le pouvoir est rappelez-vous de ce qui est arrivé à M. Brenton...
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Ovnis Re: nouvelle a critiquer

le Mer 24 Oct 2007, 03:01
Son regard fut le miroir de l’effroi… Bien que le résultat de l’enquête fût un accident, nous savions tous que Brenton fut assassiné par M. Hellston. Selon les bruits de couloir de la société, le même service fut demandé à cet homme et il a refusé. M. Hellston proféra des menaces de mort. Son regard quant à lui, fut le triomphe absolu, comme d’habitude. Bien que j’avais posé le plateau sur la table depuis un bon moment, je suis resté sur place. Curiosité ou peur, je l’ignore, mais je suis resté là à écouter la conversation. Je traversai la pièce d’un pas lent, à la limite du négligé et je risquais un dernier regard envers le vieux Perry. Son visage n’était qu’amertume. L’emprisonner à terre était pour lui un véritable supplice car depuis plus de trente ans il naviguait. Qu’il vente ou qu’il pleuve, jamais il ne laissa le Clémence à quai plus d’une journée. Il n’hésitait pas à payer de sa poche le fuel pour partir sans que M. Hellston ne le licencie à cause des factures qu’il avait pu engendrer pour s’offrir une petite virée. J’ai attendu cinq bonnes minutes avant de le voir sortir du salon, le regard perdu, M. Hellston a certainement été plus que convaincant…

26 Février 1864

J’ai assisté au départ du Clémence, cet après-midi. Jamais je n’ai vu le vieux Perry dans cet état. C’était bizarre, mais j’ai eu l’impression que c’était la dernière fois que je le voyais. Je sais bien qu’ils avaient pris leurs dispositions pour survivre dans le cas d’un naufrage mais en voyant ces hommes si joyeux, j’ai su tout de suite que eux n’étaient pas au courant du sabotage. Cela m’intriguait, pourquoi n’avait il pas prévenu ses hommes… J’étais trop perdu dans mes pensées pour m’apercevoir que le navire quittait la baie avant que je ne monte à l’intérieur pour poser la question au vieux Perry.

1 Mars 1864

J’ai eu encore la démonstration de la parfaite ignominie de M. Hellston ce matin. Nous étions partis faire une tournée dans les docks afin de vérifier des quantités douteuses de marchandises dans les stocks. Il ne fallut pas beaucoup de temps à mon cher patron pour découvrir la vérité. Après quelques menaces bien senties au contremaître, il nous fut révélé que des employés se servaient discrètement dans les stocks de nourriture car ils avaient faim. A peine payés quelques pennies par heures, j’aurais très bien compris et j’aurais passé l’éponge mais pas lui…

Jamais je ne l’ai vu dans une telle rage. Pour quelques malheureuses patates et légumes divers, je l’ai vu rosser le contremaître avec sa canne. C’est à peine s’il l’avait laissé pour mort. Je dois bien avouer qu’il m’a fait peur quand il a levé les yeux sur moi, jamais je n’avais vu une telle fureur dans ses yeux. A peine rentré, il me fit remplir une centaine d’actes de licenciement. Les noms étaient de ceux qui travaillaient aux docks, celui d’où nous venions. Décidément, cet homme n’avait aucune pitié…

4 Mars 1864

Nous avons reçu le journal comme d’habitude, mais avec une bien mauvaise nouvelle aujourd’hui. Il y figurait dans un article le récit du naufrage du Clémence. D’habitude, je porte le journal sans tarder à M. Hellston mais là je l’ai gardé un petit moment pour lire l’article. Comme je m’y attendais, le naufrage avait bien eu lieu, dans le détroit de Gibraltar plus exactement, mais il n’y eu aucun survivant. J’ai du en aller chercher un autre car je l’avais déchiré de rage.

5 Mars 1864

J’ai été véritablement outré de l’attitude de mon patron, aujourd’hui. L’agent d’assurance était passé pour régler les affaires administratives dû au naufrage du Clémence. J’arrivai à peine à croire qu’il eu pleuré de rage sur ce qu’il lui arrivait et la comédie a bien pris. L’agent d’assurance à peine parti, M. Hellston affichait un sourire radieux car il allait toucher plus de cent milles Livres Sterling d’assurance. Il passa tout le restant de la journée à un club de gentlemen dans le centre ville de Londres, à parler affaire…

8 Mars 1864

C’était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, c’en est trop. Je ne peux plus travailler avec un monstre pareil. Le syndicat des marins est venu hier pour parler de la rente des veuves des marins du Clémence, il n’a pas fait exception à sa réputation. Jamais je n’ai vu un être aussi immoral et cupide que cet homme. Le syndicat ne voulait pas lâcher l’affaire et ils obligèrent M. Hellston à verser quelques centaines de Livres Sterling pour l’ensemble des familles et une formule de regret qu’il ne pensait pas moins. Les représentants étaient outrés par son attitude aussi désinvolte.

9 Mars 1864

Pour éviter une désertion générale de ses docks, il a du réviser sa proposition au syndicat des dockers et marins. Il a dû déverser une petite fortune pour ne pas perdre la face… Là, je dois dire que j’ai été heureux de voir pour une fois la colère déformer son visage.
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Ovnis Re: nouvelle a critiquer

le Mer 24 Oct 2007, 03:02
12 Mars 1864

Le travail était toujours aussi pénible. M. Hellston est toujours le même : inhumain, froid et colérique. Depuis l’affaire du syndicat, une aura de terreur plane dans les bureaux, tout le monde craint sa présence et il ne pardonne plus l’échec. De nombreuses fois j’ai failli perdre ma place et d’autres employés aussi. Depuis deux jours, j’erre dans les rues du district de whitechapel, un quartier miteux dans le sud de Londres. Le rendez-vous des contrebandiers, catins et autres fripouilles. Si on sait se faire petit, on peut rester tranquille. D’ailleurs, il sera en 1888, tenez vous bien, le terrain de chasse de Jack l’éventreur…

13 Mars 1864

Cela va faire trois jours que je n’avais pas remis les pieds chez M. Hellston, si je l’avais en face de moi, je l’aurais étranglé de mes propres mains. Pourtant, j’y retourne demain, porter le colis… Quel colis ? Celui que la femme en noir m’a donné hier soir. J’étais dans un pub, à boire bière sur bière pour noyer ma colère. Et cette femme est venue vers moi, sans aucun arrière pensé visible, sans gène ni peur. Dans le district de Whitechapel, tout le monde se méfie de tout le monde car on peut se faire égorger pour quelques pennies. Alors quand quelqu’un s’approche de vous comme elle l’a fait, notre méfiance est au maximum. Ce qui m’a d’abord interloqué, c’était sa voix, elle ne possédait aucun accent, une voix monocorde et passive mais qui possédait une force que je ne saurais définir. Elle m’a parlé longuement de M. Hellston : son passé, ses ambitions et les horreurs qu’il a pu commettre… Quand elle eut fini, j’étais terrifié d’horreur. Comment un tel monstre a t-il pu voir le jour… Elle me montra une petite bourse, de couleur pourpre. Elle me confia qu’elle aussi voulait que M. Hellston soit puni pour ce qu’il avait fait. Quand j’ai voulu lui demander ce qu’elle comptait faire, elle m’imposa le silence par un geste de sa main. Son charisme était tel que je ne pouvais que lui obéir.

-Tu mettras la bourse dans sa chambre, surtout ne l’ouvre pas maintenant ou c’est toi qui seras condamné.
-Quoi ?
-Tu as très bien entendu, une fois dans sa chambre, tu ouvriras délicatement la bourse et tu quitteras la pièce sans tarder.
-Qu’est ce qu’il y a à l’intérieur ? Lui demandais-je.
-Tu n’as pas besoin de le savoir pour le moment, fais ce que je te dis, c’est tout.

Avec un certain recul, j’ai soupesé la bourse, elle était légère. Je l’ai prise par la cordelette et en l’approchant de mon visage, j’ai cru la voir bouger, comme si il y avait quelque chose de vivant à l’intérieur.

-Ne l’ouvre surtout pas. Une fois ceci fait, il te faudra patienter avant de contempler ce qu’il lui arrivera. Tu devras cependant me faire une promesse.
-Laquelle ?
-Ne le tue pas, garde le en vie.

Je mis précieusement la bourse dans ma poche.

-Je compte sur toi, ne me déçois pas.
-J’aimerais bien mais je ne l’ai pas revu depuis trois jours, je dois être licencié à présent.
-Ne t’inquiète pas, j’ai arrangé la chose, tu peux t’y rendre demain comme si de rien n’était.

Elle se leva doucement, tout en soutenant mon regard. J’avais à peine détourné mon regard sur ma bière qu’elle avait déjà disparue. Pourtant, il y a un véritable parcours du combattant jusqu'à la sortie du pub. Si elle avait tracé jusque là, je l’aurais vu jouer des coudes pour se frayer un chemin mais elle s’était volatilisée. Machinalement, j’ai porté la main à ma poche pour voir si la bourse était là, sa présence me confirma que je n’avais pas rêvé. J’ai longtemps cherché à savoir qui pouvait être cette femme, était-ce un démon, le diable en personne ou je ne sais quoi ? Je l’ignore.

14 Mars 1864

C’est avec une certaine hésitation que je me suis rendu à la résidence de M. Hellston, bien que cette femme m’ait assuré que je pouvait revenir sans peur, je savais de quoi cet homme était capable et j’ai bien hésité durant une bonne heure avant de sonner à sa porte. Finalement, j’ai rassemblé mon courage pour tirer la clochette qui signalait ma présence à la porte. Comme d’habitude, c’est un des domestiques qui m’ouvrit la porte. Déposant mon manteau à l’entrée, j’ai tout de suite entendu la voix de M. Hellston, sur l’instant, j’ai eu un frisson sans pareil me traverser le corps.

-Ha, vous voilà enfin ! Comment va votre mère ?

A la fois paralysé par la peur et la surprise, je suis resté là bouche bée, tout en voyant monsieur se rapprocher de moi. Il avait toujours le regard aussi alerte, la paume de sa canne presque écrasée par sa main tant redoutée… il était toujours aussi dangereux, il suffisait de jeter nos yeux dans les siens pour s’en rendre compte. Sur le moment, je n'ai rien dit car sa question me laissa pantois. M. Hellston savait pertinemment que je suis orphelin de naissance. Mon père est mort bien avant ma naissance et ma mère l'avait suivi suite à la mienne. Je suis resté là, sans voix avant que la sienne ne me tire de ma paralysie.

- Alors, vous avez perdu votre langue ?

J'ai bien vu à son regard qu'il attendait ma réponse avec une certaine impatience, ce n'était pas un regard de sympathie c'est alors que la parole de la femme du pub me revint à l'esprit : « ne t'inquiète pas, j'ai arrangé la chose, tu peux t'y rendre demain comme si de rien n'était. »

-Ho, elle se porte bien, merci de vous inquiéter.
-Tant mieux, son décès me priverait de vos services pendant un certain temps, et le temps pour moi est précieux ! Dit-il d'un ton cassant.

J'ai usé de toute ma volonté pour ne pas lui tordre le cou. Toujours aussi sociable...

-Venez, j'ai du travail pour vous.
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Ovnis Re: nouvelle a critiquer

le Mer 24 Oct 2007, 03:02
Comme d'habitude, j'ai eu ma journée d'esclavage. Trier les papiers, faire du courrier et d’autre corvées, tout en étant au service total de M. Hellston. Dans l'après-midi, je suis passé devant sa chambre, la porte était ouverte et je pouvais voir une domestique en train de nettoyer une fenêtre. Je me suis arrêté pour admirer la pièce. Je devais avouer que la chambre de M. Hellston était sans conteste la plus belle pièce de la résidence après son propre bureau. L'ensemble de la pièce était de style victorien, seul le lit en baldaquin était de manufacture européenne. À ce moment-là, j'étais tiré de la contemplation par la bourse que j'avais dans la poche, celle que la femme m'avait donnée. Alors que je tenais des lettres entre les mains, j'ai soudainement senti que quelque chose bougeait dans cette poche ici. La surprise que j'ai ressentie à ce moment me fit sursauter au point de lâcher les lettres qui se répandirent dans l'entrée de la chambre. Surprise dans mon cri d'effroi, la femme faillit tomber de son tabouret et me regarda avec une surprise une inquiétude non dissimulée.

Je me suis penché pour amasser les lettres tout en présentant mes excuses à la domestique. La bourse bougea de nouveau. Profitant d'un moment d'inattention de cette jeune femme, j'ai retiré la bourse de ma poche, quelque chose de vivant était bel et bien à l'intérieur et cherchait à en sortir. Avec une furtivité qui m'impressionna moi-même, j'ai rampé jusqu'au lit, et avec une infinie précaution, j'ai retiré cette chose de ma poche. Bien que l'aspect de la bourse n'avait point changé, une odeur nauséabonde agressa mon nez. C'était comme l'honneur d'un corps décomposé depuis plus d'un mois. Avec une certaine horreur, je percevais aisément les mouvements de la chose qui était dans cette bourse et qui cherchait en sortir. Retenant la respiration du mieux que j'ai pu, je déposa la bourse sous le lit, l'ouvrit, et je me relevai le plus naturellement possible.

Nuit du 14 mars 1864

Comme je devais m'y attendre, les cris de M. Hellston raisonnèrent dans toute la maison. J'étais resté tard pour terminer de remplir le livre de comptabilité et il était bien plus de minuit. Comme je devais m'y attendre, M. Hellston était parti se coucher et la chose avait quitté la bourse pour l'attaquer. Normalement, je n'aurais pas bougé d'un pouce pour sauver sa personne mais son cri dépassait tout ce que j'imaginais. On aurait dit qu'on lui vidait son âme ou toute autre torture qu'on aurait qualifiée d'inhumaine. Ce cri avait glacé le sang et de tout mon être, je fus forcé de me lever lorsqu'il m’appela de toute sa voix qui pouvait lui rester.

Arrivé devant sa chambre, je l'entendis comme réciter des prières. Sa voix était presque méconnaissable et tremblait avec frénésie. Avec une certaine appréhension, j'entrepris d'ouvrir la porte. Mais M. Hellston se tenait debout dans un coin de la pièce, il avait l'air blafard, le visage transformé ou déformé par la peur. La commode sur sa gauche gisait par terre et il l'utilisait comme piédestal.

-Là,…, sous le lit, tu… tu… tuez la.

D'un air inquiet je regardais en direction du lit, m'attendant à je ne sais quoi d'horrible pour effrayer à ce point M. Hellston mais je ne vis rien.

-Mais il n'y a rien, monsieur, de quoi avez-vous peur ?
-LA, SOUS LE LIT, cria t-il.

Avec beaucoup de précautions, je pris une chaise et je me baissais pour voir ce qu'il pouvait y avoir sur le lit. Je pris un chandelier pour pouvoir éclairer la pièce suffisamment fort pour voir cette chose. Lentement, j'observai le sol car je savais incidemment que la chose n’était pas grande et que la semi obscurité n'arrangeait pas les choses. Alors que j'essayais de voir quelque chose en faisant attention de ne pas mettre le feu aux draps, j'ai rapidement vu une petite chose me passer entre les jambes. Faisant volte-face, j'ai vu M. Hellston plus blanc que jamais.

-LA DEVANT VOUS !

C'est alors que je remarquai cette petite araignée qui se dirigeait très rapidement vers lui. Bien que de bonne taille, elle n'était pas dangereuse comme les mygales ou les tarentules que l'on peut observer dans les pays exotiques. A une vitesse plutôt impressionnante, elle grimpa sur le tabouret improvisé de Hellston pour grimper sur son pied. Comme on devait s’y attendre, M. Hellston se débattit comme un diable pour chasser cette bestiole. J’accouru pour la chasser quand un cri effroyable sortit de la bouche de mon patron tout en se tenant le pied. L’araignée se trouva à terre, certainement morte. Je veux dire, elle n’était pas écrasée car son corps était relativement intact mais elle se trouvait sur le dos, les pattes recrovillées sur elle. M. Hellston criait de tous les diables.

-Elle m’a mordu, cette saloperie m’a mordu !
-Ce n’est rien monsieur, elle n’est pas dangereuse et de plus, elle est morte.
-Fermez là, je n’ai pas demandé votre avis. Débarrassez moi de cette chose ou je vous vire sur le champs. CE MONSTRE M’A MORDU !
-Ce n’est rien, je vais nettoyer la plaie, suivez moi.
-Je veux que cette saloperie disparaisse d’abord, jetez la dans le feu !

D’un geste tout de même prudent, j’ai ramassé le cadavre de l’araignée par une de ses pattes et je l’ai jetée dans le feu de cheminée. Ce qui m’inquiéta tout de même c’est pourquoi une araignée… Que faisait-elle dans la bourse et pourquoi cette femme voulait que je la glisse dans sa chambre… Alors que je nettoyais la morsure qui à mes yeux n’avait rien de grave, une phrase de la femme me revint à l’esprit ; « Ne le tue pas, garde le en vie », qu’est-ce que cela pouvait bien dire. Est-ce que la morsure de l’araignée était le prélude de sa punition ou bien… Plus intrigué par les évènements à suivre que de la santé de mon cher patron, j’ai décidé de ne rien faire pour le moment et d’attendre les évènements futurs et d‘agir en conséquence.
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Ovnis Re: nouvelle a critiquer

le Mer 24 Oct 2007, 03:03
17 Mars 1864

Cela fait deux jours que M. Hellston s’est fait mordre par cette araignée. Bien qu’il ne s’est rien passé de notable le lendemain, hier c’était autre chose. Pour la première fois, j’ai vu monsieur boiter de sa jambe « blessée » et cela de façon très caractéristique. Quand je lui ai proposé de faire venir un médecin, il est devenu rouge de colère. « Une dépense inutile pour une simple allergie, retournez au travail ! » M’a t il dit. Je comprends maintenant pourquoi il en avait aussi peur l’autre nuit.

22 Mars 1864

Je me préparais à rentrer chez moi quand je vis un bien étrange comportement de mon patron tout à l’heure. Comme d’habitude, il était bien tard et monsieur était dans le salon à boire un thé tout en lisant mes rapports de comptabilité. C’était un de ses moments préférés ; voir son argent fructifier grâce à la sueur du front de ses employés qu’il payait misérablement. Il y avait aussi les nombreuses arnaques qu’il commettait des fois. Pas plus tard qu’hier, il avait fait une nouvelle affaire en mettant le feu à un de ses entrepôts par l’intermédiaire d’une crapule de la ville. Peu lui importait les autres tant que ses chers Livres Sterling faisaient des petits… Je disais donc, alors que je m’apprêtais à partir que j’ai entendu un bruit sourd venant de cette pièce. En toute discrétion, j’ai jeté un œil à travers le trou de serrure de la pièce pour voir une bien étrange scène…

M. Hellston se trouvait toujours dans son fauteuil et le bruit sourd était le livre de comptabilité qu’il avait laissé tomber. Monsieur n’a jamais été maladroit et ce n’était que purement involontaire (selon mon premier avais) que de l’avoir délaissé ainsi. Il n’était point endormi mais semblait captivé par quelque chose au plafond. Sa captivité était telle qu’il ne s’intéressait nullement au livre qui gisait à terre. Puis, lentement, il semblait suivre quelque chose des yeux, parfaitement immobile du corps mais au regard sérieux et captivé. C’était bien la première fois que je voyais monsieur se comporter ainsi… Après un court instant, il se leva et disparut de mon champ de vision.

Je l’entendis alors comme sauter ou grimper sur les meubles pour faire je ne sais quoi. « Je t’ai eu ma petite, vient par là » c’est tout ce que j’ai entendu avant de le voir revenir à son fauteuil. Ce que je vis alors me paralysa de peur ou de stupéfaction je ne saurais le dire. Quand il ramassa son livre, je le vis se lécher les doigts d’un air repu et satisfait, comme si il avait mangé une bien belle friandise… Je ne sait combien de temps je suis resté là à réfléchir sur ce qui venait de se passer. Qu’est-ce qui avait bien pu déclencher une telle réaction chez lui, qu’avait-il chassé et mangé… J’ai dû quitter le couloir plus vite que prévu car j’ai vite remarqué qu’il regardait la porte, comme s’il savait qu’on l’observait. Je ne tenait pas à me faire épingler alors avec une prudence un peu hâtive, j’ai pris mon manteau, sortis aussi discrètement de la maison que possible et j’ai couru jusqu'à chez moi.

2 Avril 1864

J’ai remarqué plusieurs fois le comportement étrange de Monsieur ces temps ci, plusieurs fois, je l’ai surpris à épier une mouche qui virevoltait dans la pièce, comme un prédateur qui surveillait sa proie. Quand nos regards se croisaient il reprenait un air sérieux et indifférent. Je dois dire que j’ai pris un malin plaisir à le surveiller car à chaque fois que cela se produisait, il luttait de toute ses forces pour ignorer la mouche qui l’intéressait tant. Quand la mouche fut partie, j’avais droit au plus hostile des regards q’il pouvait faire mais je m’en moquais.

7 Avril 1864

Ce matin, M. Hellston m’a appelé dans sa chambre.

-Ha, vous voilà, vous allez faire une course pour moi.
-Vous n’allez pas bien, monsieur ?
-Ho, juste un peu mal à la mâchoire mais ce n’est rien. Tenez voilà cinq Livres.
-Dois-je aller à la pharmacie ?
-Non, vous allez m’acheter des rats.

J’étais abasourdi par sa réponse. Lui acheter des rats ? Qu’est-ce qu’il pouvait bien en faire… ?

-Je vous paye pour rester la bouche ouverte ?
-Non… non, monsieur.
-Prenez moi des rats, avec une cage bien grande. De quoi les nourrir et prévoyez deux petites maisonnées. Une chose aussi, je veux un mâle et une femelle.

Je gardais un air pantois tandis que j’enregistrais ses ordres. Voulait-il faire un élevage de rats ? Je ne le saurais que plus tard mais cela m’intriguait quand même. Prenant négligemment le billet, je lui demandai pourquoi il voulait des rats. Sa réaction fut en toute logique violente.

-Est-ce que je vous permets de me poser des questions ? Faites ce que je vous dis et n’oubliez pas la facture.

C’est ainsi que je suis allé chercher des rats à un ratier du coin. A titre de cage, j’ai dû prendre une grande cage à oiseau car les rats n’avaient pas la côte en tant qu’animal de compagnie. Cela convainquit quand même monsieur qui adopta le même regard de prédateur à l’égard des rats. Je le surpris même à se lécher les lèvres d’impatience.

-Monsieur ?
-Quoi ! répondit-il tout en ne lâchant pas du regard le couple de rats.
-Qu’allez vous faire de ces rats ?
-En quoi cela vous regarde !
-Je veux dire, ce n’est pas très propre d’avoir cette vermine chez soi.

Subitement, il déplaça son regard les rats pour le poser sur moi. Il avait un regard noir, effrayant, celui d’un véritable sadique prêt à vous couper en morceaux. J’ai vite compris que je devais laisser là la conversation. Son regard me fit comprendre que je ferais mieux de quitter la pièce au plus vite si je voulais rester en vie. Cet évènement me tracassa toute la journée et j’ai alors pensé aux mouches. Qu’est-ce qui ce passe nom de dieu… ?

8 Avril 1864

J’ai appris une chose étrange aujourd’hui. Charles, le cocher de monsieur m’a confié qu’en pleine journée, M. Hellston a voulu aller à la faculté de biologie de Londres. Sa visite n’a pas duré bien longtemps mais selon ce qu’il m’a dit, monsieur aurait discuté avec un biologiste sur la reproduction des rats.

10 Avril 1864

M. Hellston semblait enrhumé ce matin, il avait un énorme foulard autour du cou et sur la partie inférieure du visage. Il l’a gardé toute la journée…
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Ovnis Re: nouvelle a critiquer

le Mer 24 Oct 2007, 03:04
12 Avril 1864

M. Hellston semblait ravi de ses rats. Il ne quittait que rarement sa chambre comme si il ne voulait pas quitter ces saloperies… Je devais à présent, chaque jour lui énoncer les transactions de son entreprise pendant qu’il nourrissait les rats. Tout à l’heure, je l’ai vu tenter d’en caresser un et le rat s’est débattu comme un diable avant de tenter de le mordre, il semblait pris d’une terreur folle face à monsieur… C’est bien la première fois que j’ai vu monsieur prendre soin de quelque chose ou de quelqu’un d’aussi insignifiant que des rats et ils ne semblaient pas le remercier.

17 Avril 1864

M. Hellston n’a toujours pas enlevé son écharpe. Quand je lui ai demandé s’il voulait des médicaments, comme à son habitude, il m’a foudroyé du regard. De ce jour, je n’ai plus jamais entendu sa voix. Il me donnait ses ordres par écrit, décidément, son cas m’inquiète plus qu’il ne m’intrigue…

21 Avril 1864

Ce midi, j’ai cru que M. Hellston allait me tuer. Tout a commencé ce matin lorsqu'une domestique voulait changer les draps du lit de monsieur. J'étais dans la chambre pour lui présenter le bonjour quand cela est arrivé. Monsieur était assis dans son fauteuil mais avec un nouveau foulard autour de la mâchoire, sauf qu'il semblait plus large. La domestique était en train de changer ses draps quand je vis une expression de surprise sur son visage. Sur le lit, une drôle de tache blanche maculait sa surface totale. On aurait dit un duvet de soie. Alors que je m'approchais pour examiner cette curiosité, j'ai vite remarqué son ancien foulard qui gisait au pied du lit, roulé en boule. En le ramassant, j'ai remarqué qu'il y avait du sang encore frais dessus. Je ne sais comment cela est arrivé mais M. Hellston s'est approché de moi sans que j'ai pu le remarquer pour m'arracher le foulard de mes mains.

Toujours sans un mot, il prit le drap sans hésiter et jeta le tout dans la cheminée avec une vivacité que je n'avais jamais vue... Nous avons vite compris à son regard qu’il valait mieux ne rien dire. Cette fois-ci il m'a vraiment fait peur. En quittant la pièce, j'ai dit (sans m'en rendre compte) que j'allais chercher un médecin. Je dois signaler à ce passage que cette idée m'avait traversé l'esprit et que j'ai dit à haute voix, et j'avais cru voir ma dernière heure arriver. Toujours avec cette rapidité si soudaine, il m'a attrapé par le col pour me faire voler à travers la pièce. Sans faire attention aux cris de la femme de chambre, il me plaqua contre le mur et me toisa du regard.

Il avait le regard d’un dément, celui qu’on peut imaginer comme le miroir de la mort elle-même. -Monsieur, il faut vous soigner, vous êtes malade- J’eus pour seule réponse le bruit le plus étrange que j’aie jamais entendu. J’aurais juré avoir entendu sortir au niveau de son foulard une série de claquements secs et rapides surgir de ce qui devait être sa bouche. Son regard n’avait pas changé d’un poil… Bien qu’il m’ait soulevé d’un bon vingt centimètres du sol, sans me lâcher de sa main droite, il me désigna la porte de son autre bras valide. Je fais près de quatre-vingt kilos et il a su me soulever et me maintenir d’une seule avec une facilité déconcertante. Où avait-il pu trouver une telle force ?

22 Avril 1864

Ce matin dans le journal, j’ai lu un article plutôt embarrassant. Il disait qu’un cocher avait été agressé par un homme habillé tout en châle. Après l’avoir fait chuter à terre, il aurait, à main nue, égorger un de ses chevaux, pour semble t-il s’en nourrir. Naturellement, l’autre cheval a paniqué et le vacarme a rameuté des passants. L’homme étrange s’est enfui, selon le cocher en sautant par-dessus les toits. L’idée que M. Hellston puisse être responsable de cette attaque, me traversa l’esprit et ne me surprit outre mesure. Quand je lui ai donné le journal, j’ai à nouveau remarqué cette soie étrange sur le dossier de son fauteuil. Bien conscient de ce qu’il pouvait, je pense, être capable, j’ai observé le silence. J’ai continué de l’observer à travers le trou de serrure, je l’ai vu frapper du poing avec colère sur le dossier de son fauteuil à la lecture de ce qui me sembla être l’article en question.

Nuit du 22 Mars 1864

J’eus à présent la certitude que M. Hellston devenait un monstre : les mouches l’obsèdent toujours autant, les rats, ce que j’ai vu sur les draps et son fauteuil, tout, tout me dit qu’il est dangereux, qu’il va continuer et je ne sais quoi encore ce qui va se passer. Au début, j’étais enthousiasmé par la suggestion de la femme, lui faire payer toutes les horreurs qu’il a pu commettre, sa monstruosité… Mais maintenant, je commence à le regretter, si je n’avais pas laissé la petite araignée dans sa chambre… Certes, il serait toujours aussi cruel mais pas aussi dangereux qu’il l’a été. J’avais bien l’impression qu’il se transformait, qu’il se mutait en quelque chose. Une araignée ? A bien y réfléchir, il semblait avoir une phobie des araignées ; je me rappelle encore de sa trouille monumentale qu’il a eue le soir de sa morsure. Alors qu’il se transforme en cet animal… J’en ai la chair de poule…

23 Avril 1864

Ces pensées m’ont occupé toute la nuit, bien que je crevais de fatigue, je suis quand même allé travailler. Pour voir, je ne sais quelles horreurs. Avec, cette fois, une véritable peur au ventre, j’ai présenté mon bonjour à M. Hellston. A peine ai-je frappé à la porte de sa chambre qu’il l’ouvrit. Ce que je vis me glaça d’effroi. Il portait un grand châle noir en guise de vêtement, son foulard recouvrait l’ensemble de sa tête. Je n’avais pu dire si c’était lui que par la présence de son regard si caractéristique qui m’effrayait. Il était vêtu comme si son corps portait en lui quelque chose de trop effroyable pour le montrer. J’étais tellement paralysé par la peur que je suis resté immobile, à le regarder avec une peur non dissimulée.

D’une vivacité toujours accrue, il me saisit le bras pour me faire entrer. Il avait une force monstrueuse. Sa poigne était telle que j’ai cru qu’il allait me casser le bras, la douleur lancinante qui me vrilla le bras pendant des heures est encore dans ma mémoire… Sur l’instant, j’ai cru qu’il allait me dévorer, prendre la place du cheval qu’il n’avait pas eu l’autre jour. Mais j’étais paralysé, incapable de faire le moindre geste. Après avoir refermé la porte, il me mena jusqu'à la cage ou étaient enfermés les rats. Malgré mon état, j’ai vite remarqué que la femelle semblait s’occuper de petites choses roses. Je compris très vite qu’il s’agissait de ses petits. De toute évidence, la femelle que j’avais ramenée était déjà pleine et elle avait mis bas il y a peu. J’ai pu remarquer aussi un regard mêlé de satisfaction et d’impatience de M. Hellston, a cet instant, j’ai compris pourquoi il m’avait demandé de lui fournir un couple de rats…

Nuit du 24 avril 1864

M. Hellston me fait de plus en plus peur. Depuis sa morsure, il semble se transformer, je dirais même muter. Normalement, tout être humain de conscience prendrait pas cet événement à la légère. Un homme sensé ne prendrait toutes les mesures pour guérir, comprendre ce qui lui arrive, en tout cas, c'est ce que je ferais... Mais lui, il semble accepter ce qui lui arrive, à ma connaissance, il n'a pas encore tenté de se soigner ni même de se suicider. Il semble même accepter son sort. Serait-il aussi monstrueux que j'aurais pu imaginer ou alors, quelque chose l'empêche de... J'avais déjà bien du mal à le cerner auparavant, mais là... Je ne sais plus ce que je dois faire. Attendre ou agir ? Le gros problème c'est que j'ai donné ma parole de ne pas le tuer, même s'ils continuent ainsi, ce qu’il peut devenir me donne la chair de poule. J'espère que son élevage de rats suffira.

Soir du 25 avril 1864

Je me suis trompé, les rats ne sont pas pour tout de suite… Après la dure journée de travail, tout en surveillant monsieur, j'ai remarqué qu'il en prenait toujours grand soin bien qu'ils étaient morts de peur ou pris de paniques lorsqu'il s'en approchait. Comme il se devait, après avoir passé le porche de la porte, j'empruntais la rue de droite pour entrer chez moi. En passant par cette rue, je pouvais voir la façade arrière de la maison. C'est sur le milieu de la rue que j'ai stoppé le pas. En me retournant, je pouvais voir la fenêtre de la chambre de M. Hellston à travers l'oeil du jardin. Elle était ouverte...

J'ai couru jusqu'au bout de la rue pour l'apercevoir, vêtu de son long châle, en train de courir en faisant des bonds impressionnants. Arrivé à auteur d'une maison, je l'ai vu sauter et atterrir sur le mur pour le grimper à une vitesse respectable alors qu'il n'avait aucune prise. Comme s'il avait la faculté une araignée à marcher sur les murs... Malheureusement, je l'ai perdu de vue à partir de ce moment-là. Résigné, je suis rentré à sa maison pour l'attendre. En entrant dans sa chambre, j'ai senti tout à coup une drôle d'odeur plutôt nauséabonde. Il était certainement parti en chasse. C'est en prenant un mouchoir dans ma poche pour me couvrir le nez tellement ça sentait mauvais que j'ai vu le tisonnier à côté du feu. J'allais le prendre pour en finir avec cette horreur quand j'ai senti une présence dans la pièce. Tout en le prenant à pleines mains, je fis volte-face et là devant moi, cette femme responsable de cette horreur. Son accoutrement n'avait pas changé depuis la dernière où nous nous sommes vus.

-Tu as promis me dit-elle.
-Laisser vivre ça, certainement pas !
-Sa punition arrive bientôt à sa fin.
-Dites-moi ce qui lui arrive, il finira par tuer un homme si je laisse vivre.
-N’ai crainte, c'est bientôt fini, mais ne le tue pas.
-Sinon quoi ?
-Tu le remplaceras.
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Ovnis Re: nouvelle a critiquer

le Mer 24 Oct 2007, 03:04
Ces mots ne firent trembler au point que j'en tombai à genoux. Si elle avait pu faire de M. Hellston un monstre, elle n'hésiterait pas à le faire sur moi. Ce n'est qu’après qu'elle ait passé la porte que j'ai lâché le tisonnier. J'avais les nerfs tellement en pelote que je me suis mis à pleurer. Protéger un monstre ou en devenir un... Ce n'est après m'être calmé que j'ai entendu sa voix « après, il sera toi ». Je suis resté là, sans vraiment réfléchir à ce qu'il venait de se passer. M. Hellston aurait bientôt fini sa métamorphose ? Se métamorphose en quoi, en araignée ou je ne sais quoi ?si c'était le cas, j'aurais bien du mal à maîtriser un tel monstre s'il gardait la même proportion de taille. M. Hellston doit peser au moins cent kilos, alors un tel monstre...

Lorsque je suis revenu de mes pensées, j'ai remarqué que M. Hellston était rentré par la fenêtre. Il se tenait accroupi sur le plafond. Sa capuche était relevée, pendait mollement et il tenait un chien dans ce qui devait être sa mâchoire. Je n'ai pas pu discerner auparavant ce qu'il tentait de cacher avec son foulard. Le cadavre de chien était celui d’un Terre neuve, un chien presque aussi lourd que lui... J'étais complètement paralysé, incapable de faire le moindre geste, j'aurais dû fuir, courir aussi longtemps que j'aurais pu et mes muscles refusaient de m'obéir. Je suis resté là, attendant ma mort imminente. Après tout, je suis certainement plus appétissant qu'un vulgaire chien.

Lorsqu'il lâcha le chien qui s'écrasa mollement sur le sol, j'ai pu voir sa mâchoire... Elle était déformée, meurtrie par deux mandibules d'insecte ou d'araignée. Les crocs faisaient bien une dizaine de centimètres, maculés de sang qui goûtait sur le tapis. Il refit le même son aussi effrayant qu'avant. C'était ses mandibules qu'il claquait entre elles à grande vitesse. À vive allure, il rejoignit le mur pour se trouver juste au-dessus de moi. Je ne pouvais toujours pas bouger, je voyais ma vie défiler devant mes yeux. J'allais mourir par le fruit de ma colère, le motif de ma vengeance...

Il se laissa tomber devant moi, l'odeur nauséabonde venait de lui. C'était comme une odeur d'arsenic, quelque chose comme ça. Cette odeur venait de sa peau, enfin de ce qu'il en restait. Il avait pour guise de peau, une sorte de carapace noire, promptement immonde à voir. Son regard n'était plus le même. Autrefois, je voyais de la différence, après de la folie et à partir de ce moment, j'y voyais de la douleur, de la peine. Avait-il pitié de moi ? Cela m'aurait étonné. Quand il se leva, j'entendis comme l'ensemble de ses os craquer. Je ne pouvais le suivre que des yeux. Restait il encore une once d’humanité en lui ? Pourquoi m'as-tu laissé en vie... ?

Il alla à son bureau, prit une feuille écrivit ceci : donnez trois mois de congés payés aux domestiques, faites-les partir. Je peux me lâcher à tout moment et je ne veux pas que la police me trouve. Son écriture était plutôt saccadée, il mettait tellement de nervosité dans ses gestes qu'il faillit même arracher la feuille en écrivant dessus. Il a du me la ramener pour que je puisse la lire car j’était toujours paralysé. Puis il dû me saisir le bras pour que je me relève et que je le laisse seul avec son repas.

29 avril 1864

Au petit matin, j'ai retransmis les ordres de M. Hellston au personnel de la maison. Ils furent tous surpris, ce qui ne m'étonnait pas. Par contre, la vitesse à laquelle ils mirent à vider les lieux m'impressionna. Comme si ils avaient senti l'ambiance malsaine et nauséabonde qui régnait en ces lieux. Pour mieux le surveiller, je me suis installé dans la pièce voisine à la sienne. J'avais la maison pour moi tout seul et cela me fit tout de même sourire. Très rapidement, j'ai constaté que M. Hellston semblait dormir le jour. Plusieurs fois, je suis rentré dans sa chambre et j'avais vu juste. Il avait le sommeil très lourd et quand j'ai regardé sa fenêtre, j'ai eu l'idée. Il fallait en premier lieu m'assurer que M. Hellston ne se réveillerait pas sinon il me tuerait sans hésiter. Puis faire amener des ouvriers rapides et compétents pour faire le travail en une seule journée.

J'allais mettre mon plan à exécution quand des hurlements inhumains résonnèrent dans toute la maison. J'ai rapidement compris que cela venait de M. Hellston. En courant vers sa chambre, j'aperçus la salle d'armes de monsieur. Il y avait là une véritable collection d'armes à feu et d'armes blanches à disposition. Je me suis dit que ces pièces pouvaient être utiles... C'est en arrivant devant sa porte que je fus glacé d'horreur par cette vision qui me hante encore aujourd'hui. Seigneur ait pitié de moi…

Une énorme griffe ou mandibule avait traversé la porte de sa chambre. Elle faisait bien dans les cinq à dix centimètres de diamètre et le morceau que j'ai vu dépasser le mètre de long, ce n'était qu'un morceau de ce que j'allais contempler... Je compris que M. Hellston mutait de nouveau et qui grandissait en taille. Elle disparut très rapidement dans la pièce, emportant une partie de la porte mais les hurlements n’avaient toujours pas cessé. À mesure du temps (très rapidement), les hurlements devinrent un gargouillis indescriptible pour devenir le son de claquage des mandibules si caractéristiques depuis quelque temps mais en beaucoup plus fort. Si je ne faisais rien, il sortirait de la pièce très rapidement et alors là...

Je déplaçais à grande vitesse, un buffet qui siégeait dans le couloir. Avec de grands efforts, je le plaquais contre le restant de la porte pour condamner l'accès. Au travers des déchets de la porte, je vis ce qui me faillit aller prendre une arme pour arrêter cette horreur. Le corps de M. Hellston se transformait d'une manière promptement infâme. Quatre paires de pattes d'araignée poussaient le long de son thorax. Les mandibules lui déchiquetaient les joues pour arracher sa peau morte et faire place à une carapace de chitine bien plus épaisse que la précédente. Ses membres se déformaient, son corps semblait se mutiler sur place. Il se retourna vers moi et d'un de ses bras encore valides, il le tendit vers moi et je vis alors son visage exploser et qui se métamorphosait en une tête d'araignée difforme, cauchemardesque. De l'un de ses yeux qui ne resta pas longtemps humain, je vis par ce regard un supplice, il me suppliait de le tuer pour l'épargner de sa souffrance mais je ne pouvais pas. Subir ce que j’avais sous les yeux m’enleva toute conscience et raisonnement. Peut-être d'un dernier espoir, comme s’il essayait de s'accrocher à quelque chose… Son bras tendu dans ma direction tomba en miettes pour se répandre sur le tapis dans une gerbe de carapace noire et de pus jaunâtres purulent.

C'est avec horreur que je rampai dans le couloir pour échapper à ce spectacle défiant l'équilibre psychique de toute personne qui pouvait assister à cette horreur. Si je ne faisais rien, il sortirait très rapidement de la pièce. J’entendis les meubles de sa chambre craquer ou tomber en morceau comme si il n’y avait plus de place… C'est au prix d'un effort effroyable que je me rendis dans la salle d'armes pour l'empêcher de sortir. Prenant un fusil, j'ai eu toutes les peines du monde à le charger correctement tellement je tremblais et je courus à l'extérieur de la maison vers la fenêtre. Bien que j'étais à l'extérieur, j'entendais toujours les hurlements de M. Hellston. J'ai bien vu des visages aux fenêtres des maisons de la rue mais je ne m'en souciais guère. Arrivé à sa fenêtre, les hurlements étaient nettement plus perceptibles. Tout le temps je restai devant la fenêtre pour l'empêcher de sortir si jamais il y arrivait, j'ai scruté les haies du jardin tremblant de peur que quelqu'un ne l’entende et ne vienne voir ce qui pouvait bien se passer.
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Ovnis Re: nouvelle a critiquer

le Mer 24 Oct 2007, 03:05
À mon grand bonheur, il n’a pas cassé la fenêtre. Je suis resté jusqu'à l’aube, la peur qui me dévorait l'estomac me gardait éveillé. J'aurais bien tenté de regarder par la fenêtre pour apercevoir quelque chose mais rien que l'idée qu’il me voie et me fonce dessus me figea l'esprit et c'est avec une certaine appréhension que je suis revenu à l'intérieur de la maison non sans dissimuler maladroitement mon arme quand ses hurlements finirent.

30 avril 1864

J'ai franchi la porte avec une certaine appréhension, après tout, le meuble que j'ai calé devant sa chambre ne le retiendrait certainement pas longtemps. Quand je suis entré dans le vestibule, j'ai tout de suite pointé le fusil tout en surveillant les portes, murs et plafonds. J'avais aussi l’oreille tout aussi alerte. Avec les mêmes précautions, j'ai progressé jusqu'à sa chambre. Le meuble était toujours là. Toujours alerte et prudent, j'ai regardé à travers l'ouverture pour m'apercevoir qu'il était là immobile. Grâce à la luminosité de la pièce, j'ai pu voir cette chose dans son intégralité.

Il avait bien pris l’apparence d’une araignée, une araignée gigantesque… Elle devait bien faire les quatre mètres de haut car la première articulation de ses pattes frôlait le plafond. Son corps, lui, devait faire dans les cinq mètres et son abdomen emplissait presque le quart de la salle… Sa carapace était d’un noir ébène au demeurant magnifique. Je n’ai pas pu le voir de face car son corps était dans l’orientation de la fenêtre et pour rien au monde je n’y aurais pénétré… Ce qui devait être sa tête était face à la fenêtre. Je réalisa soudain ce qui aurait pu se passer si j’avais fait le curieux tout à l’heure… Rien que par sa taille, il ne pouvait pas sortir de la fenêtre et encore moins par la porte. J’espère qu’il ne défoncera pas les murs…

Au bout de deux heures, il était toujours resté immobile. Il me fallait condamner la fenêtre, au moins ça. Cependant, je ne pouvais pas partir, le laisser sans surveillance. Posté devant la porte, j’ai attendu le passage d’un gamin pour lui demander de faire le messager. C’était un gamin des rues qui passait ses journées à fouiller des tas d’ordures pour se nourrir. Après avoir pris ma course, je lui donnai quelques pennies pour lui permettre de manger. J’ai attendu une bonne heure avant de voir arriver un ouvrier, reconnaissable à sa salopette et son allure négligée.

-Bonjour monsieur, vous vouliez me voir ?
-Oui tout à fait, j’aurais besoin de vos services. Il faudrait que vous me muriez une fenêtre.
-Ben ça, y a pas de problèmes.
-quand pourriez-vous venir ?
-Oh, pas avant demain, monsieur.
-Vous ne pourriez pas venir plus tôt ?
-Ah ça non, je suis désolé. J’ai un chantier en cours.
-Pourquoi pas ce soir ?
-Hein ? Je suis désolé de vous dire ça mais il fait nuit rapidement monsieur, j’ai pas envie de travailler avec une bougie.
-Et si je doublais vos honoraires ?
-Ben…
-Je triple… ?
-Ca me va, monsieur, je passerai ce soir à dix huit heures ?
-Très bien, je vous remercie. Vous serez seul ?
-J’ai mon apprenti avec moi.
-Très bien, je vous attends ce soir.

Notre conversation terminée, je l'ai regardé partir tout en se grattant la tête. Le fait que je lui ai demandé de venir ce soir, et en plus s’il était seul a dû le laisser perplexe. Tant pis, le mal est fait. Un peu avant dix-huit heures, je suis retourné à la salle d'armes pour prendre un pistolet. On ne sait jamais, si M. Hellston passait à l'action, j’aurais de quoi le garder à distance et supprimer l'ouvrier et son apprenti. Au besoin, je terminerai le travail seul. Peu de temps avant son arrivée, j'ai mis mon manteau avec mon arme dans la poche. À peine ont-ils tiré la sonnette que je suis parti les rejoindre. L'apprenti n'avait pas plus de dix ans... J'espérais que tout se passerait bien... Je les ai conduits dans le jardin pour leur désigner la fenêtre à condamner. Je les ai aidés pour amener le matériel sur place puis je suis resté avec eux pour les surveiller. Jamais je n'ai été aussi impatient que tout cela se finisse, je n'arrêtais pas de faire les cents pas tout en surveillant la fenêtre.

-Vous en faites pas, monsieur, je vais faire vite.
-Oui s'il vous plaît.

Alors qu'ils avaient fait la moitié du travail, j'ai remarqué que les rideaux de la fenêtre avaient bougé. M. Hellston avait dû remarquer leur présence. M’apprêtant au pire, j'ai serré la crosse de mon arme entre mes doigts, prêt à la sortir. Ce n'était pas M. Hellston que je visais mais eux. Tout s'est passé tellement vite. En l'espace de quelques secondes, la fenêtre avait volé en éclats et les énormes mandibules de M. Hellston avaient agrippé l'apprenti. La surprise de l'ouvrier était tel qu'il était resté là sans bouger, ne réalisant pas ce qui venait de se passer. J’eu jugé largement le temps de sortir le pistolet de ma poche et de l’assommer avec la crosse. Il aurait été inconscient de ma part de tirer, la détonation aurait attiré l'attention. Pour être sûr qu'il ne se réveillerait pas de sitôt, je lui ai frappé deux fois sur le crâne. J'ai regardé par-dessus la haie du jardin... Personne. Prenant l'ouvrier par-dessus mon épaule, j'ai couru aussi vite que j'ai pu jusqu'à la maison. Heureusement pour moi il n'y avait personne dans la rue. En arrivant devant la chambre, une terreur sans nom envahissait mon être, je pouvais entendre un bruit de succion dans la chambre. M. Hellston était en train de dévorer l'apprenti. J'ai hésité à m'approcher pendant un moment, redoutant le spectacle qui s'offrirait un mois. Mais l'ouvrier émit un gémissement.

Déglutissant avec difficulté ma salive, je me suis avancé devant le meuble et j'ai déposé l'ouvrier à côté. J'aurais aimé ne pas regarder cette scène. En retirant le buffet, j'ai vu... J'ai vu l'apprenti entre les mandibules, on aurait dit un mannequin désarticulé. Il gisait mollement sans bouger cette tête était en arrière, de sorte que je pouvais voir son visage. Ho seigneur, il avait une expression de terreur sur son visage que je ne saurais décrire. Le pire c'est que j'ai vu ses yeux bouger, il est encore vivant et conscient. M. Hellston avait dû l’empoisonner ou quelque chose comme ça car il était manifestement paralysé. Je n'ai pu me retenir de vomir à cette vision.

L'ouvrier se mit à remuer, il devait reprendre conscience. Je l'ai pris par les pieds et je l'ai traîné jusqu'à l'encadrement de la porte. Je le fis rouler dans la pièce aussi rapidement que j'ai pu et je remis en place le meuble. Je suis resté là, appuyé contre le mur, pleurant comme un enfant lorsque j'entendis les hurlements de l'ouvrier.

1 Mai 1864

Finalement, ce sont les rayons du soleil qui m'ont rendu à la réalité. Avec toute la volonté qui restait en moi, je me suis levé et je suis sorti. J'ai croisé un jeune couple en sortant de la maison, ils m’ont regardé bizarrement. Il faut dire que je n'avais pas fière allure ; mon manteau était recouvert en partie de mon vomi, je devais avoir un visage à faire peur je tremblais comme un fou. Sans y prêter la moindre attention, je suis passé dans le jardin. Il y avait encore les outils, l’échafaudage et les briques. D'un geste nonchalant, je suis monté sur l'échafaudage et j'entrepris de terminer le travail. J'ai très vite arrêté cette entreprise quand j'ai réalisé mon erreur. En levant les yeux, j'ai vu ceux de M. Hellston (je doute d'ailleurs si on peut encore si l'appeler ainsi) me fixer.

Il n'avait bien évidemment plus une seule paire d'yeux et quatre. Huit yeux gros comme des oranges d'un rouge reluisant me fixait. La fenêtre était en miettes, donc à sa merci. Heureusement, j'avais encore le revolver en poche. Je l’ai pris aussi vite que j'ai pu pour mettre en joue cette chose qui ne m'inspirait maintenant que peur et dégoût. Pendant ce laps de temps, j'ai pu voir ce qui restait de la pièce. La même soie, que j'avais trouvée les autres jours, tapissait l'ensemble de celle-ci. Les meubles étaient en charpie et la cage de rats était éventrée. Par contre je ne vis nulle part le corps de l'ouvrier et de son apprenti. Tout en le maintenant en joue, j'ai terminé le travail et ce ne fut pas une mince affaire. Avant de poser la dernière brique, j'ai quand même risqué un oeil pour le voir, pourquoi ? Je ne sais pas mais j'ai vu ses yeux se plisser et me fixer intensément. C'est bientôt fini me disais-je, et plus tôt sera le mieux...
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Ovnis Re: nouvelle a critiquer

le Mer 24 Oct 2007, 03:05
4 Mai 1864

Je suis resté trois jours dans la pièce, tentant vainement d’avaler un peu de nourriture et de savoir quoi faire. Jamais je ne pourrai retenir cette horreur aussi longtemps que je le voudrais. Il finira bien par sortir de cette pièce. J'ai beau et réfléchir, je ne vois toujours pas comment faire. Je me suis également posé la question de comprendre pourquoi cette métamorphose a pris une tournure aussi rapide car au début, sa métamorphose se faisait lentement. Mais là... Est-ce que la femme aurait accéléré le processus pour préserver ma santé mentale ou bien pour torturer davantage M. Hellston... À ce jour je n'ai toujours pas trouvé la réponse.

5 Mai 1864

M. Hellston s'est montré particulièrement agité aujourd'hui, je l'entendais sans cesse bouger et il semblait tester la solidité des murs car j'ai entendu des bruits sourds venant de son « antre ». Il devait avoir faim...

6 Mai 1864

Lorsqu'on a tiré le carillon, j'ai sursauté de peur. Rassemblant mes idées, je suis parti voir qui cela pouvait bien être. En ouvrant la porte, mon sang s’est glacé, l'homme qui se trouvait devant la grille était un policier de Scotland Yard en civil. Je l'ai su car il avait son insigne dans la main. Prenant un manteau, j'ai descendu les marches du perron pour lui ouvrir les grilles L’ouvrier avait dû parler…

-Bonjour monsieur, inspectant Belley de Scotland Yard
-Bon… bonjour, que puis-je pour vous ?
-Puis-je entrer ?
-Bien sûr, je vous en prie.

Je ne pouvais pas lui refuser, cela aurait attiré ses soupçons. A peine était-il rentré qu’il ôta son manteau et le posa sur le portemanteau.

-Que puis-je faire pour vous Inspecteur ?
-Vous avez fait des travaux récemment ?
-Heu… Oui, c’est vrai.
-Bien, quels travaux ?
-Heu… M. Hellston a voulu condamner une fenêtre.
-Hum hum, dans quel but ?
-Ca je l’ignore, je n’ai fait qu’exécuter ses ordres.
-Qui a travaillé chez vous ?

Cette question me laissa sur place, je n’avais pas demandé le nom de l’ouvrier et de l’apprenti, à vrai dire, cela ne m’avait pas intéressé le moins du monde.

-M. Hellston doit avoir l’information, je n’ai pas demandé son nom.
-M. Mac Redley, maçon de profession. Sa femme affirme que vous l’avez embauché pour effectivement condamner une fenêtre. Pourquoi la soirée ?
-Pardon ?
-Pourquoi avez-vous insisté pour qu’il vienne travailler le soir ?
-C’est que… Je suis très occupé la journée et M. Hellston a voulu que le travail soit fait le jour même.
-Le jour même… M. Hellston a voulu que vous les assistiez lui et son apprenti ?
-Il a voulu que je les surveille. Pourquoi, que se passe t-il ?
-M. Mac Redley n’est pas rentré chez lui depuis cinq jours, et son apprenti non plus.
-Je vois… M. Redley a bien fini son travail chez nous, je lui ai payé ses honoraires et il est parti. Je ne peux rien vous dire de plus. Désirez vous une tasse de thé ?
-Plus tard, pourriez vous me montrer son travail ?
-Bien sûr, c’est par ici.

Je l’ai conduit dehors pour lui montrer la fenêtre. J’avais pris soin de cacher l’échafaudage et le matériel dans la cave, j’espérais qu’il ne demanderait pas de la visiter… J’ai cependant bien vu que l’inspecteur se posait beaucoup de question sur cette fenêtre.

-Si vous voulez bien rentrer, je vais préparer le thé.
-Oui, bien sûr. Savez vous pourquoi cette fenêtre devait être scellée ?
-Non, je l’ignore.
-M. Hellston est-il présent ?
-Non plus, il est à Paris.
-Hum hum…

Il avait le regard alerte, manifestement, il devait se douter de quelque chose. Pendant que je préparais le thé, je pensais à la façon de me débarrasser de lui s’il venait à découvrir ce qu’il y avait dans cette chambre. Bien sûr, l’assassiner me semblait impossible, sa disparition serait beaucoup moins discrète qu’un simple ouvrier et Scotland Yard n’est pas une simple police. Je le fis entrer dans un salon qui était aussi loin que possible de la chambre afin qu’il ne puisse rien entendre si jamais monsieur faisait des siennes.

-Vous êtes seul ?
-Pardon ?
-Il n’y a aucun domestique ici, M. Hellston est-il si économe ?
-Je vois que sa réputation est légendaire. Je suis effectivement seul à faire son travail et son ménage.
-Hum hum, qu’y a-il dans la pièce ?
-Laquelle ?
-Celle qui est emmurée.
-Heu… Je devais vite trouver une réponse qui le satisferait mais je dois avouer qu’il m’a pris de court.
-Et bien ? Son regard était devenu à ce moment le miroir du soupçon.
-C’est… un vieux débarras.

En relevant la tête, j’ai aperçu un mouvement derrière lui. Rapidement, j’ai regardé autour de moi pour m’apercevoir que la porte adjacente qui donnait au couloir secondaire était ouverte. Elle était toujours fermée…

-Vous ne savez vraiment pas pourquoi il a voulu emmurer la fenêtre, moi je trouve cela plutôt inhabituel, pas vous ?
-Heu… M. Hellston est quelqu’un d’assez original, voyez-vous. Il m’a demandé bien plus étrange que ça.
-Comme quoi ?

Relevant à nouveau la tête, j’ai failli renverser la tasse de thé que j’avais dans la main par ce que je voyais. Une araignée tout à fait semblable au monstre dont j’avais la charge mais d’une taille plus respectable (haute d’un mètre environ) commença à grimper sur le mur dans un silence quasi absolu. L’inspecteur ne l’avait point vu du fait qu’il lui tournait le dos. La peur m’envahissait à grande vitesse. Jamais je n’ai eu aussi mal au ventre et j’ai cru que mon cœur allait exploser tant l’adrénaline circulait en moi…

-Vous allez bien ?
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Ovnis Re: nouvelle a critiquer

le Mer 24 Oct 2007, 03:06
Certainement pas. Toujours dans le même état, je ne pouvais pas lui répondre, je devais être blanc comme la mort et la tremblote prit possession de moi. L’araignée avait à présent gagné le plafond, se tortilla un peu et fixa l’inspecteur. Celui remarqua aisément que je semblais suivre quelque chose du regard. Avec mon visage blafard, mon regard apeuré et mon corps tremblotant comme si j’avais la mort en face, il regarda dans la même direction que moi. Pourquoi n’avais-je pas réussi à me maîtriser…

-Sainte… Marie, mère de…

Ses mots s’étouffèrent dans sa gorge en contemplant cette vision de cauchemar… Devant ce véritable monstre, l’inspecteur fit un pas en arrière et chercha rapidement à saisir de quoi se défendre. Avant que j’aie pu me lever, l’araignée bondit sur lui. Le choc fut suffisamment puissant pour faire trembler les murs et provoqua ma chute. Je n’ai même pas réagi quand le thé encore brûlant se répandit sur moi, tellement j’étais en proie à la panique. J’ai rampé jusqu’au canapé pour chercher un abri, n’importe quoi. Quand j’ai tourné la tête, l’inspecteur gesticulait comme un forcené tout en hurlant à plein poumon. L’araignée était sur lui et cherchait à l’immobiliser.

J’aurais aimé agir, faire quelque chose mais je claquais des dents tellement fort que j’aurais pu les casser. A vrai dire, il valait mieux ne rien faire, l’inspecteur avait vu ce monstre et il n’aurait jamais tenu le silence. Je n’avais plus qu’à me débrouiller pour masquer les pistes. L’idée, si c’était bien M. Hellston, m’effleura l’esprit malgré la situation et je me mis à espérer que l’inspecteur se fasse tuer… L’inspecteur était toujours en bagarre avec l’araignée, j’avais le champs libre, j’ai à nouveau rampé vers la porte aussi vite que j’ai pu, mais l’inspecteur arriva finalement à se dégager. Je ne sais comment il s’y est pris mais il a réussi à se relever. Il tenait les mandibules de l’araignée entre ses mains et luttait de toutes ses forces pour repousser le monstre.

J’était arrivé à la porte quand il réussi à repousser son assaillant pour venir se jeter sur moi. Il me plaqua violemment sur la porte au point de faillir m’assommer. Je n’ai repris mes esprits qu’une ou deux secondes plus tard pour avoir en face de moi son visage, semblable au mien, transfiguré par la peur… L’araignée était sur nous et elle avait planté ses crocs au niveau des épaules de l’inspecteur. Le poison paralysant devait déjà faire son effet. Lentement, l’araignée s’écarta tout en traînant le corps de l’inspecteur vers le sol. Je suis resté là, immobile, pétrifié d’horreur et je l’ai regardé se faire dévorer. J’ignore combien de temps cela a duré, une heure, peut-être deux.

L’inspecteur était effectivement paralysé, immobile et sans défense. Avec un effet relativement rapide, son corps s’était mis à gonfler, pas de façon excessive mais remarquable à l’œil nu. Ensuite, l’araignée lui déchira le ventre avec ses mandibules pour sucer un étrange liquide ou purée de couleur jaunâtre du corps de l’inspecteur. D’après ce que j’ai pu apprendre bien plus tard, l’araignée injecte un poison dans sa victime pour le paralyser, ce poison a aussi la faculté de liquéfier les organes internes pour qu’ensuite l’araignée puisse s’en repaître. Rien que d’y penser, un frisson m’envahit… A mesure que l’araignée absorbait cette étrange mixture, le corps semblait se dessécher, comme s’il se vidait de toute substance. Après que l’inspecteur ne soit plus qu’une momie, un tas d’os et de peau, l’araignée ingurgita le reste du corps. Le bruit de succion et de mastication lors de son festin et le son des os craquelant dans sa mâchoire resteront encore dans ma mémoire pendant longtemps… Après l’avoir dévoré, l’araignée se retourna vers moi.

7 Mai 1864

Je me demande encore pourquoi il m’a épargné. Je ne l’avais pas nourri depuis plusieurs jours et l’inspecteur Belley à du être un véritable festin. J’ai bien vu qu’il hésitait longuement avant de me sauter dessus, prêt à me dévorer. Quelque chose ou quelqu’un l’a dû l’en empêcher. La femme… oui, bien sûr, ce ne pouvait être qu’elle. Du moins je l’espère… Bien que j’ai hésité longuement sur la question, j’aurais du deviner pertinemment que c’était bien M. Hellston. Après qu’il se soit tourné vers moi, ses crocs encore dégoulinants de cette substance jaunâtre, j’ai ouvert la porte tout en me plaquant au mur. Elle a avancé tranquillement pour se faufiler dans l’ouverture d’un geste lent mais sur. Elle a du se contorsionner un peu pour passer et une de ses pattes se posa devant moi, lors de son avancée. Elle me frôla la cuisse, rien que par ce contact, j’en ai uriné dans mon pantalon tellement j’eus peur et fus dégoûté de ce contact…

Je l’ai suivie dans le couloir, et comme je devais m’y attendre, elle rentra dans la chambre. Le meuble était simplement poussé et on pouvait facilement y rentrer. Je n’ai pas osé, rien que l’odeur m’y empêchait d’ailleurs. J’ai néanmoins remarqué une grotte artificielle qui avait été faite dans le coin droit de la pièce. M. Hellston s’y engouffra et cessa de bouger. Comme s’il attendait le prochain repas. Quand j’ai vu ce qu’il a fait à l’inspecteur Belley, je n’ai pas cherché les corps de l’ouvrier et de son apprenti. Si elle continue à rapetisser de cette manière, elle aura bientôt une taille plus conventionnelle, du moins je l’espère. Vivement qu cela se termine…

12 Mai 1864

Afin d’éviter tout problème, j’ai nourri monsieur avec des malandrins. Ce ne fut pas chose facile au début mais au moins, monsieur est plus calme. Pour cela il me fallait juste de me promener sur les embarcadères de la tamise pour que je me fasse aborder par un ivrogne ou agresser par un petit voyou. Généralement cela se passa de deux manières différentes : Avec quelques bouteilles bien senties, l’ivrogne me suivait jusqu’à la maison et là soit l’homme était trop saoûl pour réagir à quoi que ce soit ou il est paralysé par la peur. Soit à la simple vue de mon pistolet, l’homme se faisait des plus dociles et je laissais monsieur chasser dans la maison. Une fois, un de ces malandrins avaient failli réussir à s’enfuir. M. Hellston était dans le couloir à chercher je ne sais quoi. Quand nous avons débouché du coude du couloir, nous nous sommes retrouvés face à face. Le jeune voyou en resta bouche bée face à cette chose et sa peur bien légitime lui donna des ailes. Il avait réussi à revenir à la porte d’entrée pour fuir et monsieur l’attrapa juste avant qu’il n’ait pu l’ouvrir.

Ce que j’ai fait n’est pas chrétien, je l’accorde mais peu m’importe. Rien que le fait d’avoir posé cette bourse dans la chambre me condamna à l’avance. Je fus par contre surpris de ne pas avoir eu de visite de Scotland Yard, après tout, un de leur inspecteur avait disparu. Dans les premiers jours qui suivirent, j’épiais régulièrement la rue, de peur de les voir arriver mais maintenant, j’ai l’esprit tranquille, la femme devait veiller sur nous. En toute logique…

18 Mai 1864

La taille de monsieur avait encore diminué. A présent, il n’était pas plus gros qu’un chat et je pouvais le nourrir avec des rongeurs ou des chiens. Oh, bien sûr, il y a eu des signalements de disparition dans le quartier des embarcadères, mais qui se soucie de criminels et de rebus de société, je vous le demande. Par sa taille, je pouvais sans risque le laisser gambader dans la maison. Bien sûr, je le surveillais et je nettoyais la toile qu’il laissait un peu partout. Manifestement, cela le mettait en colère mais rien que le fait de le menacer de ne pas le nourrir le calmait rapidement. J’ai trouvé là une certaine satisfaction, lui qui n’avait jamais cessé de me terroriser, il m’obéissait au doigt et à l’œil…
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Ovnis Re: nouvelle a critiquer

le Mer 24 Oct 2007, 03:06
19 Mai 1864

J’ai acheté un vivarium pour monsieur, il y sera très bien une fois qu’il sera aussi petit qu’une araignée de maison. Je sais qu’il n’appréciera guère mais je m’en moque, maintenant c’est mon tour. Afin de ne pas être trop gêné pour la suite des évènements, j’ai accordé en falsifiant la signature de M. Hellston, deux mois de congés supplémentaires aux domestiques. Je ne les ferai revenir qu’une fois que j’aurai nettoyé la chambre.

21 Mai 1864

J’ai joué un joli tour à M. Hellston, il en a tremblé de rage. J’étais en train de lire le journal quand il est monté sur moi. J’étais tellement surpris que j’ai échappé un hurlement, je dois dire assez audible. Bien qu’il avait encore rapetissé, il demeurait encore imposant. Il m’avait tellement énervé que je l’aie mis dans le vivarium. Il s’est laissé faire car un chat que j’avais capturé s’y trouvait. Pendant qu’il le dégustait, j’ai refermé le couvercle du vivarium et j’y ai posé des briques pour qu’il ne puisse pas le soulever pour s’y échapper. Il a essayé de sortir bien évidemment mais apparemment le poids que j’avais mis sur le couvercle faisait l’affaire. Bien entendu, je l’ai laissé dedans car je le savais revanchard. Ses crocs étaient encore redoutables. Quand sa taille conviendra, je les lui couperai.

22 Mai 1864

Il est dedans depuis hier et il n’est pas content… Je m’amusai parfois à me poser à genoux devant sa merveilleuse cage en verre et à pendouiller une souris devant lui. Dire qu’il me terrifiait autrefois. Maintenant, j’ai un nouveau jouet. Demain, je commencerai à nettoyer sa chambre, je ne sait pas comment je vais m’y prendre pour me débarrasser de la toile mais il est hors de question de tout brûler, cela va de soi.

24 Mai 1864

J’étais exténué, je ne pensais pas que sa toile était aussi résistante. Cela va me prendre des jours pour tout enlever mais je pense que cela ira. J’ai nourri M. Hellston avec une portée de chatons nés il y a à peine quelques jours. Quand je lui ai présenté son dîner, il devenait immédiatement coopératif. Avec précaution, j’enlevais le tas de brique pour prendre ensuite un chaton.

-Monsieur, si vous tentez quoi que ce soit, je vous laisse mourir dedans, c’est bien compris ?

Il inclinait les pattes pour imiter le rabaissement, signe de domination et d’obéissance. Bien entendu, j’avais un pistolet à côté de moi, on ne sait jamais. Délicatement je posai le chaton dans le vivarium tout en jetant un œil sur lui. Il ne fit rien pour tenter de s’échapper ou de s’attaquer à moi. Il savait pertinemment que je ne plaisantais pas.

28 Mai 1864

Ça y est, j’ai fini la chambre, j’ai enroulé la toile dans des bâches en toile pour les brûler dans le jardin. Quant aux meubles, enfin ce qui en restait, ils ont nourri le feu de cheminée. Bien sûr, j’ai fait détruire le mur de la fenêtre condamnée pour y mettre une baie vitrée. J’ai déposé monsieur sur le rebord de la cheminée, il fera une très belle décoration. Une araignée chez soi, c’est d’un chic… !

29 Mai 1864

En inspectant le bureau qui heureusement était resté intact, j’ai retrouvé son livre de compte, tout était là. Bien qu’il ne puisse plus gérer ses affaires, il aurait été dommage de laisser s’écrouler son entreprise. Grâce à mes talents de faussaire, j’ai rédigé un acte d’héritage de son affaire à mon nom. Après avoir formulé les tractations nécessaires avec la banque, les organismes officiels et autres tâches nécessaires. Maintenant, tout est à moi.

15 Juillet 1864

Les domestiques sont finalement rentrés avec une certaine amertume, je dois dire. Lorsque je leur annonçai le départ de M. Hellston des affaires et de mon héritage, ils en restèrent bouche bée, comme si un armistice fut déclaré. Bien sûr, je voyais dans certains regards que j’aurais pu l’assassiner mais la disparition de ce monstre suffisait à satisfaire n’importe qui. M. Hellston était toujours dans son vivarium et sa taille était des plus normales, à peine quelques centimètres de diamètre. Les domestiques s’intéressèrent grandement à cet animal si exotique. Il était si rare dans voir une en captivité.

Les voir s’extasier, taper sur le verre pour l’interpeller et rire de ses cabrioles tellement il devait être effrayé me faisait rire à pleine gorge. Lui qui les terrorisait autrefois les faisait rire à présent. Des fois, je le sortais de la cage pour l’emmener dans le bureau. Il n’arrêtait pas de tourner dans tous les sens quand je lui montrais le livre de compte de son affaire. Les bénéfices étaient en chute libre et ses chères Livres Sterling si précieux pour lui disparaissaient à grande vitesse. Bien sûr, le livre de compte était un faux que j’avais réalisé à son égard pour le torturer. Le vrai, en bonne et due forme était dans une autre pièce. Mais le voir paniquer ainsi me satisfaisait et je ne pouvais m’empêcher de rire…
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Ovnis Re: nouvelle a critiquer

le Jeu 25 Oct 2007, 22:41
bonjours .
tu m'a transporté avec ton recit aarhon.
on dirait que c'est une histoire vécue ,
une reminescence d'une vie anterieur .
je me trompe n'est se pas?
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Ovnis Re: nouvelle a critiquer

le Ven 26 Oct 2007, 01:26
un rêve que j'ai fait tout simplement
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Ovnis Re: nouvelle a critiquer

le Sam 03 Nov 2007, 00:24
bonsoir,

J'atten a tous et a toutes vos critiques et avis concernant cette nouvelle. Soyez objectif et constructuf merci.

Je tient a préciser par ce présent message que cette oeuvre est protégée de la liberté intellectuelle et que toute reproduction totale ou partielle entrainera des poursuites judiciaires pour plagia.

Merci
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Ovnis Re: nouvelle a critiquer

le Sam 03 Nov 2007, 00:25
bonsoir,

J'atten a tous et a toutes vos critiques et avis concernant cette nouvelle. Soyez objectif et constructuf merci.

Je
tient a préciser par ce présent message que cette oeuvre est protégée
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Ovnis Re: nouvelle a critiquer

le Sam 03 Nov 2007, 00:25
bonsoir,

J'atten a tous et a toutes vos critiques et avis concernant cette nouvelle. Soyez objectif et constructuf merci.

Je
tient a préciser par ce présent message que cette oeuvre est protégée
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Ovnis Re: nouvelle a critiquer

le Sam 03 Nov 2007, 09:00
J'aime beaucoup ce que tu écrit (et en plus ça me rappelle que moi je suis pas fichu de finir mes nouvelles^^)
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Ovnis Re: nouvelle a critiquer

le Dim 04 Nov 2007, 13:42
Pour les vivants, le plus difficile a été d’imaginer ce que nous sommes une fois la non mort venue.
« La non mort » est un thème qu’il faudrait développé ou renommer dans la première phrase, parce que dès le début je n’avais pas compris de quoi il s’agissait…

Nous naissons, grandissons, vieillissons, mourons de vieillesse ou d’accident
« Vieillissons et mourrons de vieillesse » est une répétition…
Tu pourrais soit remplacer l’un des deux par un synonyme, soit réunir « mourons de vieillesse ou d’accident » par une phrase plus juste, parce qu’en soi nous pouvons mourir de bien plus de façons (maladie, suicide etc…)

Aujourd’hui, tous les humains sont condamnés à sortir de la tombe pour revenir tourmenter les leurs.
« Revenir tourmenter les leurs » suppose qu’ils les tourmentaient déjà avant leur mort.

Pour rendre à Dieu ces créatures, il faut en détruire le corps de la manière absolue.
Pour rendre à Dieu Ses créatures

peut être ne seront jamais heureux ensemble
Cette phrase n’est pas complète…

Tout m’importe du moment qu’elle soit vivante, elle.
Tu écris au présent, ici tu ne l’as pas employé. Le présent ne dénaturera pas l’impact de ta phrase mais retrouvera sa logique dans le texte.

Je crois que c’est tout ce que j’ai vu…

:BR20:

Ma conclusion est que j’ai eu du mal avec le début pour dévorer la suite jusqu’à la dernière goûte.
Ce commencement serait à placer à la hauteur de l’écriture qui suit comme de son style, car les deux ne semblent pas être écrit pareillement.

Le début est plutôt rédactionnel, comme si tu avais un sujet philosophique à traiter et que tu le reprenais pour en faire la merveille qui suit.
La suite est journalistique et étant une admiratrice de Barjavel, je ne pouvais qu’apprécier ce que tu as écrit.
A partir du « réveil des morts », j’ai commencé à lire un livre et je pense que je n’ai même plus vu les fautes d’orthographes et de syntaxe, soit parce qu’il n’y en avait tout simplement plus, soit parce que j’ai oublié de les regarder et cela est la preuve que j’ai aimé ce que j’ai lu. Car pour moi, aimer ce que l’on lit c’est perdre toute notion et partir dans ce que désirait nous offrir l’écrivain.
Une histoire qui m’a transporté et mise mal à l’aise, je pense que cela était aussi le but, cela est la preuve que cela est grandement réussi.


Voilà, j’ai été sincère et j’espère que cela t’aidera.
Merci en tout cas, de nous avoir fait partager cette création qui m’a donné des frissons.
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Ovnis Re: nouvelle a critiquer

le Lun 05 Nov 2007, 13:04
Bonjour et merci,

Parvah, merci pour cette critique. Il est vrai que j'ai du travail a faire en francais et je vai y rémédier au plus tot (boulot, boulot boulot ^^).

Pöur le terme de non mort, j'ai voulu utiliser le propre vocabulaire du personnage. C'est lui qui raconte donc il utilise les mots a lui. De plus j'ai voulu souligner par ce terme que la mort physique n'était pas celle qu'ils pouvaient croire. Si tu reli la nouvelle, il donne son point de vue de son vivant sur les morts vivants puis son point de vue de mort vivant sur les vivant. je vai essayer de construire le paragraphe afin que le lecteur puisse comprendre ceci.

Ecrire cette nouvelle ne fut pas facile car elle est très philosophique. Si les deux parties ne se ressemblent pas, je vais relire plus assidûment et tenter de rémédier ceci.

bon, j'ai d'autres nouvelles en chantier, je vous laisse ^^

P.S. : Parvah, n'oublie pas les autres merci encore. bien a toi
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Ovnis Re: nouvelle a critiquer

le Lun 05 Nov 2007, 14:57
@aarhon a écrit: Il est vrai que j'ai du travail a faire en francais et je vai y rémédier au plus tot (boulot, boulot boulot ^^) .

Que celui qui n'a jamais fait de faute te jette la première pierre ! Wink

@aarhon a écrit:Pöur le terme de non mort, j'ai voulu utiliser le propre vocabulaire du personnage. C'est lui qui raconte donc il utilise les mots a lui. De plus j'ai voulu souligner par ce terme que la mort physique n'était pas celle qu'ils pouvaient croire. Si tu reli la nouvelle, il donne son point de vue de son vivant sur les morts vivants puis son point de vue de mort vivant sur les vivant. je vai essayer de construire le paragraphe afin que le lecteur puisse comprendre ceci.

Oui j'avais compris en lisant la suite, mais comme je te disais, je n'avais pas compris au début et lorsque l'on ne comprends pas au début lorsque l'on découvre un texte, on relis plusieurs fois ce que l'on ne comprends pas et on essaye de faire des déductions, donc on ne lis plus !
lol!

Cela dit, il est plus simple de savoir ce que l'on lit comme de s'attendre au minimum à l'histoire lorsque l'on connais le sujet.
riou
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le Sam 17 Nov 2007, 14:42
qu'est ce que la conscience........
une infime lueur refusant de s'éteindre.
un silence fertile pour notre évolution.
la matiere a choisie le vide pour exister.
notre pensée emprunte le meme chemin.
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