Ovni et vie extraterrestre: les mystères des Ovnis
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 Comment tordre le cou à quelques idées reçues à propos des s

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MessageSujet: Comment tordre le cou à quelques idées reçues à propos des s   Mar 08 Jan 2008, 18:21

Comment tordre le cou à quelques idées reçues à propos des soucoupes volantes

mardi 25 mai 2004, par Pierre Lagrange

"En 1958, [...] il y aura quelques 200 apparitions authentiques d’objets volants non identifiés. Le Pentagone réussira à démontrer qu’il y en avait 210 de fausses."


Cette remarque savoureuse, extraite de l’éditorial du magazine Life du 6 janvier 1958, si elle ne permet pas de se faire une opinion sur les ovnis, permet en revanche de situer la façon dont on appréhende souvent ce problème : cette volonté farouche d’expliquer au risque d’en faire trop ; cette volonté d’en appeler à des explications spécifiques - que l’on n’oserait pas servir pour d’autres problèmes - parce qu’il ne faut surtout pas que le cadavre puisse se rétablir. Derrière cet excès de zèle anti-soucoupique, on trouve l’idée, partagée par les universitaires comme par le grand public, qu’il faut être irrationnel, anti-scientifique pour accepter l’existence des ovnis. Comment peut-il se faire que 30% des français (et plus de 50% des américains) croient aux ovnis (sous entendu, malgré l’évidence de leur inexistence) ? Les soucoupes ne seraient pas un phénomène normal à propos duquel on pourrait se contenter de parler d’erreur avant de les oublier et de passer à autre chose. Non, on croit nécessaire, indispensable même, de déployer à leur sujet tout un attirail rhétorique bien précis.

La rhétorique des soucoupes
Les porte-parole de la culture scientifique invoquent tour à tour des arguments scientifiques, épistémologiques, historiques, culturels, sociologiques et/ou psychologiques. Ils rappellent (arguments scientifiques) qu’à de telles vitesses, les soucoupes devraient produire un "bang" ; que si de tels phénomènes existaient, les astronomes ou les météorologues, dont le métier est d’étudier le ciel, devraient en voir. Ils s’attachent à montrer que la réflexion sur les soucoupes ne s’organise pas comme la réflexion sur les trous noirs ou les endorphines : les amateurs d’ovnis n’appliqueraient pas la méthode scientifique, ils ne penseraient pas "droit". La soucoupologie ne serait pas, comme la science, une forme de connaissance, il s’agirait d’une croyance. En 1979, le sceptique américain James Oberg a remporté le prix Cutty Sark avec un article défendant - brillamment, à première vue - cette idée. A l’aide d’arguments historiques, les sceptiques réduisent l’ovni à leur contexte d’émergence (les soucoupes sont nées en 1947 : il s’agit d’un sous produit de la guerre froide). Les arguments culturels insistent sur le rôle de la science-fiction et son influence sur les témoins. Quant aux arguments sociologiques et psychologiques, ils en appellent à des explications comme le besoin de merveilleux ou la tendance des témoins à interpréter de travers la réalité, à voir des soucoupes là où il n’y a que ballon sonde ou planète Vénus. Que valent ces arguments ?

1 - "Si les ovnis existaient, les astronomes en verraient"
Depuis l’époque des premiers débats, les scientifiques ont opposé aux amateurs de soucoupes divers arguments. Aux vitesses auxquelles elles sont censées évoluer, elles devraient produire le fameux "bang" supersonique ; mais elles ne devraient pas pouvoir prendre les virages à angle droit parfois signalés par les témoins. Certains physiciens ont néanmoins répondu à ces arguments. Notamment le physicien Jean-Pierre Petit grâce à son modèle propulsion inspiré par la MHD (magnétohydrodynamique) [1]. Dans un ouvrage récent, Jean-Pierre Pharabod qualifie cet argument anti-ovni de "pseudo-constatation" et explique qu’"il y a belle lurette que les ingénieurs aéronautiques américains ont réussi à évacuer ce fameux mur du son, du moins à l’intérieur de souffleries transsoniques" [2]. N’étant pas physicien, je ne peux prendre part à cette discussion. Il y a par contre un autre aspect du débat sur lequel j’ai quelque prise.

De façon générale, les porte-parole de la science expliquent que si les ovnis existaient, ils n’auraient pas pu passer inaperçus aussi longtemps sans que les scientifiques s’en aperçoivent, et plus particulièrement les astronomes. Les ovnis apparaissent dans le ciel, les astronomes étudient le ciel. Donc... Mais voilà, les astronomes ne voient pas d’ovnis. Dixit certains porte parole de la profession comme James Lequeux ou André Brahic [3]. S’il y a une remarque naïve, c’est bien celle-là. Pour plusieurs raisons. D’abord, il arrive que des astronomes voient des ovnis. Ensuite, sans un programme de recherche, il n’y a aucune raison pour qu’un phénomène s’impose aux chercheurs.

Donc, les astronomes voient parfois des ovnis. Exemple fameux : l’observation faite par Clyde Tombaugh, l’astronome qui découvrit la planète Pluton, en 1949 à Las Cruces. Une série de rectangles faiblement lumineux. D’autres exemples existent. Ainsi, Donald Menzel, grand pourfendeur des soucoupes volantes, observa en 1949 une lumière non identifiée dans le ciel du Nouveau Mexique. Son rapport figure dans les archives du programme militaire américain d’étude des ovnis, le projet Blue Book. Une observation d’ovnis par un astronome ne signifie rien quant à la réalité d’éventuels phénomènes inexpliqués : les astronomes peuvent se tromper comme tout le monde. Mais cela indique qu’ils ne sont pas à l’abri du "syndrome ovni", quels que soient les ovnis. Ce qui n’a rien d’étonnant d’ailleurs car, pour voir un ovni, un astronome doit se trouver dans la même situation que les autres témoins recensés par les ufologues. En effet, lorsqu’ils voient des ovnis, ces astronomes sont dans une situation non professionnelle, ils ne sont pas dans le cadre de leur travail. Tout est là. Du coup, ils observent avec leurs yeux. À cela rien de plus normal : après tout un astronome aussi a besoin de ses yeux. Il observe le ciel, non ? Et bien non, justement.

C’est un point très important : le succès des sciences au cours des deux derniers siècles a été de passer de l’observation de la nature à la production des faits scientifiques. Au départ, les savants recueilliaient les phénomènes auprès d’informateurs (les phénomènes météorologiques, les espèces animales, etc.). Aujourd’hui, les faits scientifiques sont produits en laboratoire, la plupart d’entre eux sont d’ailleurs totalement invisibles sans les instruments scientifiques actuels. Ce passage de l’observation et de la collecte à la production des faits a nécessité de discipliner ces faits et de souvent transformer leur identité. Dans le cas des astronomes, l’observation visuelle a été remplacée par l’observation instrumentale. Les instruments sont plus sensibles que les yeux.

Mais ces instruments sont calibrés pour des programmes de recherches précis qui n’ont pas été prévus pour les ovnis. En science, pour voir il convient de créer les conditions qui le permettent. Or, les instruments de l’astronomie sont conçus pour des objets lointains, pas pour des objets proches. De plus, si le regard scientifique s’appuie sur des instruments, il ne faut pas non plus oublier les réseaux de collègues qui acheminent l’information et les théories qui permettent de leur donner sens. Et il n’existe pas, à tort ou à raison - là n’est pas le propos -, de réseau de scientifiques préoccupés par des choses comme les ovnis. Il est tout à fait possible que, de temps à autre, des astronomes ou d’autres scientifiques fassent des observations et ne sachent tout simplement pas quoi en faire ni à qui les rapporter [4].

Quelques scientifiques ont expliqué qu’il n’y avait rien à trouver. Comme le disait Carl Sagan : "les cas intéressants ne sont pas fiables et les cas fiables ne sont pas intéressants" [5]. Dans un livre récent, André Brahic affirme : "chaque fois que les scientifiques se sont penchés sur ces témoignages, ils ont trouvé une explication simple quand le rapport contenait suffisamment d’informations et ils n’ont pas pu conclure lorsque les faits étaient vagues, imprécis et incomplets." Si seulement les choses pouvaient être aussi limpides ! Car, force est de le constater, les analyses auxquelles les scientifiques se sont "chaque fois" livrées peuvent être qualifiées de dilettantes. Si l’on excepte le travail effectué par le GEPAN [6] au cours de ses premières années d’existence, il est bien difficile de citer une étude scientifique "officielle" du problème. De même, quand des scientifiques se sont risqués à prendre position, il est difficile de dire qu’ils avaient les moyens de leurs affirmations. Cela ne signifie pas que s’ils y avaient passé davantage de temps ils auraient forcément changé d’avis ou qu’ils auraient découvert que nous sommes envahis par les extraterrestres. Simplement, le temps qu’ils y ont passés ne leur a de toute façon pas permis de poser correctement le problème et de trouver quoi que ce soit.

La situation des ovnis évoque, et c’est bien sûr la tarte à la crème dans ce genre de discussion, l’affaire des météorites. Rapide rappel : en 1803, Jean-Baptiste Biotdémontra à l’Académie des Sciences l’existence des "pierres qui tombent du ciel", connues auparavant par les récits de témoins occasionnels et les collections des cabinets de curiosités [7]. Avant Biot et quelques autres, les chutes de météorites étaient expliquées de façon prosaïque. Pour deux raisons : d’abord la catégorie "météorites" n’existait pas ; à la place il y avait des curiosités qui regroupaient des choses très différentes, à l’instar de la catégorie "ovnis" de nos jours qui réunit des phénomènes connus mal identifiés, des phénomènes naturels inconnus, etc. D’autre part, les savants se contentaient des explications classiques qui réduisaient par exemple les "pierres tombées des nuages" à des roches volcaniques expulsées des cratères en activité. On peut ainsi très bien imaginer que, s’il existe des phénomènes naturels inconnus derrière certains ovnis, leur observation suscite des explications de type ballon sonde, avion expérimental, etc. Cela ne veut pas dire qu’on doive interpréter la moindre lumière comme un tel phénomène mais plutôt que, pour construire l’identité d’un éventuel phénomène nouveau, les scientifiques doivent élaborer un univers socio-technique qui aille au-delà des témoignages.

Entre les pierres qui tombent du ciel des paysans du XVIIe siècle et les météorites dont Jean-Baptiste Biot "démontra l’existence" devant l’Académie en 1803, il y a peu de points communs. Les paysans parlaient de pierres tombant des nuages dotées de vertus curatives, Biot construit un objet qu’il dépouille de toutes ces caractéristiques populaires pour le rendre à la mécanique céleste. On l’oublie trop souvent lorsqu’on dit que "Biot a prouvé que les paysans avaient raison". Ce qu’a fait Biot, c’est démontrer qu’il avait raison, lui. Biot ne cherchait pas à confirmer que les témoins et les amateurs de curiosités étaient dans le vrai. Ces derniers regroupaient météorites et autres objets énigmatiques parmi les "pierres de foudre" auxquelles Biot ne croyait pas. Il n’a pas démontré l’existence de pierres tombant des nuages aux vertus curatives mais bien l’existence d’"uranolithes", de corps circulant à travers le système solaire et croisant l’orbite de la Terre. Il s’intéressait juste à certains détails des témoignages. Ceux-ci, associés à la pluie exceptionnelle de L’Aigle en 1803 lui ont permis de traduire devant ses collègues les récits et les objets recueillis sous forme d’un phénomène naturel. La comparaison avec Biot s’avère pertinente dans le cadre d’ovnis qu’on supposerait être des phénomènes naturels inconnus. Seule une partie des ovnis finira alors sur la paillasse du chercheur et la révolution qui en résultera n’aura rien à voir avec celle soupçonnée par certains ufologues qui espèrent détcter la présence d’extraterrestres.

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MessageSujet: Re: Comment tordre le cou à quelques idées reçues à propos des s   Mar 08 Jan 2008, 18:22

Soyons clair : il ne s’agit pas d’utiliser l’exemple des météorites pour dire que les ovnis existent parce qu’ils semblent subir le même sort. Il s’agit simplement de dire que l’argument comme quoi "les ovnis n’existent pas parce que la plupart sont expliqués et parce que les astronomes n’en voient pas" est un argument boiteux. Les différences entre astronomes et témoins d’ovnis ne tiennent nullement à des différences entre rationalité et irrationalisme mais davantage entre les façons d’habiller le regard et de produire des faits. Les scientifiques observent la nature à travers des instruments ; les témoins d’ovnis à travers les grilles de lecture de la culture dite populaire. D’autre part, les phénomènes étudiés par les scientifiques ne fonctionnent pas comme les objets étudiés un physicien comme Biot. Les phénomènes naturels du type "météorites" sont rares et ne constituent plus de nos jours le lot quotidien du scientifique. On ne cherche plus à observer, à surprendre des phénomènes naturels ; on les produit, on les fabrique en laboratoire par le biais d’expériences coûteuses. Biot est allé à la pêche aux météorites avec une épuisette. Les épuisettes modernes ont pour nom accélérateur de particules, microscope électronique, spectromètre de masse, etc. De Biot à la physique moderne, l’organisation de l’activité scientifique et la forme des phénomènes étudiés ont été profondément remaniées. Les scientifiques étudient des phénomènes souvent si ténus (cf. l’exemple des neutrinos) qu’ils nécessitent de vastes réseaux d’observations instrumentales ; les témoins voient les ovnis s’imposer à eux sans qu’ils n’aient rien demandé.

Peut-être est-il plus intéressant de comparer les soucoupes avec le magnétisme animal, ce "phénomène paranormal" du XVIIIe siècle. Franz Anton Mesmer prétendait, en 1784, que les états magnétiques dans lesquels il plongeait ses patients étaient la preuve de l’existence d’un fluide qui emplissait l’univers et que le magnétiseur pouvait canaliser et diriger sur une personne. Comme les Académiciens n’ont pas réussi à isoler ce fluide, ils en ont conclu que les magnétisés étaient des sujets facilement influençables dotés de trop d’imagination [8].

Or, les commissions sur les soucoupes fonctionnent comme les commissions mises en place au XVIIIe siècle sur le magnétisme animal : elles ne posent le problème que sous un angle très précis. En dehors de cet angle, point de salut, ou plutôt point de réalité. Si l’on compare avec les ovnis, la situation est identique : on n’arrive pas à mettre la main sur les ovnis en dépit des témoignages qui font état d’un phénomène de grande ampleur. On peut même affirmer que la capacité à démontrer l’existence des ovnis est inversement proportionnelle à l’importance de la “ rencontre ”. Plus l’ovni interagit avec le témoin, plus le phénomène est renvoyé par les sceptiques à la psychologie.

Or, une fois devenu "hypnose", le magnétisme animal a réussi à se frayer un chemin et s’extraire de la catégorie des sciences occultes. On peut donc imaginer que, mieux posée, la question des ovnis pourrait donner autre chose. On pourrait penser que les ovnis correspondent plus au modèle du magnétisme qu’à celui des météorites. Mais les sceptiques font la même erreur que les Académiciens. Pour eux, si le phénomène est insaisissable, il relève de l’imagination. C’est possible. Il demeure néanmoins, à l’image des situations hypnotiques [9], des "situations d’expérience ovni".

Pour découvrir ce que ces situations recouvrent, il est nécessaire de poser la question de la réalité des ovnis autrement. Comment se défaire de l’arbitraire et discipliner les faits ? Comment passer du règne de l’opinion à celui de l’expérience ? Comment passer de l’observation fugitive et accidentelle de soucoupes volantes au recueil de données sur des phénomènes aériens ? Comment transformer le témoin en instrument ? En parapsychologie par exemple, en passant des collections de poltergeist et de fantômes aux expériences de laboratoire de la chaire de parapsychologie de l’université d’Edimbourg, une partie des phénomènes a été domestiquée et les questions de départ ont été profondément transformées.

2 - "La soucoupe n’est pas un fait scientifique mais un fait de croyance"
Si les amateurs voient des choses que les scientifiques ne voient pas, on suppose que c’est parce qu’ils ont à la fois quelque chose en moins par rapport à ces scientifiques (la méthode) et quelque chose en plus (la pensée magique, le besoin de merveilleux). Un fossé infranchissable est censé courir entre l’esprit rationnel des scientifiques et l’esprit irrationnel des témoins. Bref, on est en droit de se demander si les ovnis ne mériteraient pas moins une étude scientifique qu’une étude sociologique. Les amateurs d’ovnis sont ici victimes du discours classique sur les pseudosciences. Il y aurait deux formes de pensée radicalement différentes. D’un côté, la pensée droite de la science, de l’autre le chemin tortueux de l’irrationnel [10]. D’un côté le scientifique observant la nature sans préjugés, de l’autre l’amateur de soucoupes qui en voit partout au mépris des faits. Mais il n’y a pas plus d’irrationnel que de pensée magique ou de superstitions. Les anthropologues et les sociologues auxquels on demande toujours d’expliquer pourquoi il y a tant de différences entre les esprits rationnels et les esprits irrationnels, entre les scientifiques et les "para-scientifiques", ne peuvent que répondre qu’ils ne comprennent pas ce que ce partage recouvre.


Les pseudosciences n’existent pas. L’irrationnel est une invention. Seul existe un discours dénonciateur qui se cache sous les apparences du diagnostic sociologique ou psychologique et utilise des termes aussi opaques que "pensée magique", "croyance" etc. Pour qu’il y ait des parasciences, il faudrait qu’il y ait des sciences telles qu’on en décrit dans les livres d’épistémologie et les dictionnaires rationalistes. Des sciences dures, rationnelles, insensibles aux modes et aux tendances de la société, à la pensée droite et sans bavure. Or ces sciences, c’est désormais certain, n’existent pas. Ou, pour être plus clair, disons qu’il existe des pratiques scientifiques mais pas de pensée scientifique. Qu’il existe des réseaux scientifiques mais pas de raison scientifique. Le danger des parasciences s’évanouit donc avec elles. Mais comment peut-on nier l’existence de la parapsychologie, de l’ufologie, de la voyance, etc. ? Il n’est pas question de nier l’existence de disciplines, de discours, de pratiques ; seulement de nier qu’il existe une forme de pensée spécifique aux parasciences. Les parasciences ne sont pas des pseudosciences, elles ne renvoient pas à un tiers monde de la pensée. Il s’agit de nier leur caractère irrationnel et une bonne part du danger qu’on leur attribue lorsqu’on les assimile à des virus intellectuels qui contamineraient l’esprit du public. L’irrationnel est le millénarisme de l’Occidental élevé dans la croyance aux sciences. L’irrationnel, les parasciences ont été inventées par les rationalistes pour nous faire peur, tels l’ogre ou le loup des contes. Quand l’homme occidental refuse d’aller dormir et veut inventer des portions de la réalité sans en référer directement aux porte-parole de la connaissance scientifique, un peu à la façon des amateurs d’art qui jouent du pinceau le week-end, les porte-parole de la culture savante inventent des dangers venus du fond de l’esprit humain comme les cinéastes inventent des invasions martiennes.

3 - "Les soucoupes sont un pur produit de la Guerre froide"
Voilà l’argument imparable des débatteurs qui ont un peu de culture et qui se souviennent que les soucoupes sont apparues en 1947, l’année du plan Marshall. Pourtant, l’analyse de la situation nous montre que les gens ne se sont pas mis à voir des soucoupes parce qu’il y avait un climat de tension qui s’organisait. Non, c’est plutôt parce qu’ils ont commencé à voir des soucoupes qu’ils se sont interrogés sur leur origine et ont ainsi contribué à renforcer le climat de Guerre froide. En effet, le problème de cette explication est son caractère asymétrique. On réserve aux témoins de soucoupes des explications qu’on n’oserait pas servir pour les acteurs de la scène politique.

On ne conteste pas à des acteurs comme le président Harry Truman ou le diplomate George Kennan leur rôle actif dans la mise en place de ce climat. Lorsqu’on passe aux témoins de soucoupes, on n’y voit plus des acteurs de l’histoire à part entière mais des sujets passifs qui se laisseraient entraîner par le courant. Bref, on a recours à des explications radicalement différentes selon que les acteurs ont laissé leur nom à la tribune de l’histoire ou dans les faits divers. Pourtant les historiens ont montré depuis belle lurette qu’un tel traitement des événements révélait plus les préjugés de l’analyste que la manière dont les faits s’étaient effectivement déroulés. Pourquoi devrions-nous traiter Truman et Arnold différemment ? Pourquoi le premier aurait-il écrit l’histoire alors que le second aurait été écrit par l’histoire ? Pourquoi le premier aurait-il influencé les événements alors que le second aurait été influencé par eux ? Lorsque l’historien Carlo Ginzburg s’intéresse à Menocchio, un meunier frioulan du XVIe siècle qui défend devant l’Inquisition une cosmologie à base de fromages et de vers, il montre que l’on peut l’étudier comme on étudierait la cosmologie de Giordano Bruno. Il montre que l’on ne peut plus maintenir l’idée d’un partage entre culture savante et culture populaire. Tous les acteurs sont égaux devant l’historien. Tous ont droit au même traitement. Tous sauf, apparemment, les témoins de soucoupes volantes de l’été 1947. Lorsque les historiens se penchent sur la culture de ce siècle, ils y incluent rarement des productions comme les soucoupes volantes ou la science-fiction populaire. Leurs références s’arrêtent toujours à ce qu’ils considèrent comme personnellement noble et digne d’intérêt. Le reste est laissé aux fans de séries B et aux collectionneurs de pulps et de fanzines. Et lorsque, par hasard ou par chance, certains d’entre eux se penchent sur des sous produits de la culture, la science-fiction par exemple, c’est pour en examiner le dessus du panier. Ils avouent alors lire Asimov ou Bradbury mais ignorent et veulent ignorer tout des nombreux auteurs qui gagnaient 1 ou 2 cents le mot en vendant d’innombrables histoires aux magazines aux couvertures bariolées qui s’étalaient à la devanture des kiosques. Bref, les historiens n’ont pas saisi que la culture de masse de ce siècle fait quasi systématiquement référence aux sciences et aux techniques. Les soucoupes volantes marquent ce siècle comme la sorcellerie marque le XVIe.

Et pourquoi donc ? Parce qu’elles n’existent pas ? Mais ce n’est pas à l’historien de poser un telle question. Pas plus que de décider de la pertinence des modèles cosmologiques de Menocchio. Kenneth Arnold est le Mennochio du XXe siècle. Et l’histoire devrait se pencher sur lui avec le même intérêt qui la pousse à se pencher sur la carrière d’un des principaux inventeurs de la politique étrangère des Etats-Unis en 1947 comme George Kennan. On doit pouvoir aujourd’hui, et sans que cela paraisse scandaleux, s’intéresser de la même manière à la façon dont Arnold consulte, après son observation, ses amis pilotes et à la façon dont Truman consulte, au même moment, dans le bureau ovale de la Maison-Blanche, les mémorandums de ses conseillers. On doit pouvoir décrire avec le même respect comment Arnold lit la presse à la recherche d’indices établissant que les russes survolent le territoire US et comment Truman s’interroge le 30 octobre 1947 sur la possibilité d’une attaque par un satellite russe qui n’existera pas avant dix ans [11].

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MessageSujet: Re: Comment tordre le cou à quelques idées reçues à propos des s   Mar 08 Jan 2008, 18:22

4 - "Les témoins d’ovnis ont trop lu de science-fiction"
S’il y a une idée difficile à faire accepter, c’est bien celle selon laquelle, de nos jours, des gens seraient isolés de la culture populaire, comme la S-F. Avant que les soucoupes n’envahissent le ciel des Etats-Unis en 1947, les kiosques étaient remplis de pulps et de comics aux couleurs criardes. Dans Les Temps modernes d’août-septembre 1946, un an avant les premiers débats sur les soucoupes volantes, Jean-Paul Sartre évoque "ces cent millions d’Américains qui trompent chaque jour leur immense besoin de merveilleux, en lisant, dans les Comics, les aventures de Superman, de Wonderwoman et de Mandrake le magicien." Pour des intellectuels comme Sartre, la culture populaire ne peut être que perçue comme négative. Au moment de la vague de soucoupes de l’automne 1954 en France, le film de George Pal La Guerre des mondes sortait sur les écrans et les quotidiens publiaient des bandes dessinées de science-fiction. Dès 1951, l’astronome Evry Schatzman avait combattu dans un même article cet impérialisme américain qui se manifestait à travers les soucoupes et la science-fiction : "Il est un genre littéraire ( ?) populaire aux Etats-Unis : "Science Fiction", romans pseudo-scientifiques, où le crime, la soumission des races faibles par des races fortes, l’esclavage, la guerre de système planétaire à système planétaire repose sur d’extravagantes suppositions, la possibilité de dépasser la vitesse de la lumière, des forces mystérieuses et envahissantes de vie, l’existence d’une matière "contraterrène", etc... Ces histoires, d’une grande indigence intellectuelle, où le roman d’aventure le plus vulgaire est renouvelé par les prétentions "scientifiques", sont lues par des millions de jeunes gens en Amérique. MM. Heard, Keyhoe, Scully [auteurs des premiers livres sur les soucoupes], ont trop lu de "Science Fiction" avant de commettre leurs malhonnêtetés intellectuelles." [12]

La discussion sur les soucoupes volantes se trouve prise entre les bornes de cette alternative : tandis que les "sceptiques" liquident les soucoupes en les réduisant à des influences culturelles, les partisans des ovnis tentent de montrer que cette influence ne s’exerce pas, que les témoins ne lisaient pas de science-fiction. Malheureusement, à notre époque, on ne peut plus croire qu’il existe encore des gens qui n’ont jamais entendu parler de science-fiction et de soucoupes volantes. Doit-on donc se résoudre à conclure que les observations d’ovnis ne sont rien d’autres que des méprises déformées par des stéréotypes culturels ? Peut-on établir que, dans certains cas, les témoins n’en ont pas lu et ont décrit fidélement les faits ? Malheureusement, en posant de telles questions, les "sceptiques" et les "croyants" font fausse route. Ils sont en désaccord sur la réponse mais ils s’entendent sur la question. Or, le problème ce n’est pas dans la réponse mais bien dans la question. En effet, s’il est indéniable que les témoins connaissent, même de loin, les thèmes véhiculésparuneculture populaire comme la S-F, on peut se demander si son influence s’exerce comme le croient "croyants" et "sceptiques". Ce qu’il faut contester, c’estla théorie selon laquelle certains phénomènes, comme les soucoupes volantes, seraient le résultat de perceptions influencées par le contexte social et culturel. Mais il faut le faire sans nier l’existence et l’importance de cette culture et en redéfinissant plutôt sa place et sa fonction. En effet, telle qu’elle est formulée, la théorie de l’influence culturelle pose deux problèmes : d’abord, cette théorie se concentre sur les faits dits non scientifiques et exclue les faits scientifiques de l’analyse sociale. Elle oblige à se cantonner à une sociologie de l’erreur : seules les soucoupes seraient le résultat de cette influence et pas les faits scientifiques supposés être immunisés contre cette influence. Ensuite, cette théorie interdit de reconnaître aux témoins et aux passionnés d’ovnis la possibilité d’être leur propre sociologue (pour la sociologie, il faudrait des experts, seuls à même d’avoir suffisamment de recul). Alors que les scientifiques et les membres de la culture savante sont des acteurs qui dévoilent le réel ou le produisent, les témoins de SV et autres amateurs de parascience sont des éponges culturelles qui se laissent porter par le courant et gobent sans rien y comprendre des formes simplifiées de la culture savante transformée en culture populaire. Malheureusement pour cette théorie, les faits scientifiques ne sont pas hors de la culture et les témoins sont eux aussi de bons sociologues. Avec pour résultat de démontrer que l’explication culturelle s’applique bien aux soucoupes mais que cela ne permet pas de conclure à leur inexistence.

5 - "Sous l’emprise de leurs croyances, les gens ne savent pas reconnaître les ballons-sondes et Vénus"
D’après certains esprits forts, les gens seraient incapables de reconnaître la Lune, un ballon-sonde, Vénus, voire des avions. L’astrophysicien André Brahic résume une opinion répandue lorsqu’il affirme que "si l’on en croit certains rapports, tout se passe comme si les extraterrestres ne se montraient qu’à ceux qui n’ont aucune culture scientifique." C’est totalement faux. Proposons à André Brahic l’expérience suivante : demander à des personnes prises au hasard de dessiner un ballon-sonde, la lune, Vénus etc, ou de les reconnaître sur photo. Résultat : très peu de gens se trompent. Ils ne savent pas forcément tous dessiner mais ils savent tous à quoi ressemblent ces objets. Ce qu’ils ne peuvent parfois pas reconnaître, et qui est à l’origine des observations de pseudo-ovnis, ce sont ces mêmes objets dans des conditions d’observation directe. En effet, le problème n’est pas l’incapacité des gens à reconnaître ces objets ou leur ignorance dans le domaine technologique et scientifique, mais bien qu’ils ne connaissent - comme nous tous, à quelques exceptions près - ces objets que par les livres ou la télévision et que ces objets se présentent très différemment selon qu’on les voit dans un livre ou qu’on les observe dans le ciel.

Lorsqu’on ne nous l’a pas appris, il n’y a absolument aucun moyen de faire le lien entre un objet vu et le même objet lu. C’est même le contraire qui serait étonnant. Non seulement le même phénomène se présente sous des aspects complètement différents mais en plus les conditions de perception ne sont absolument pas identiques. Lire un article illustré sur les satellites chez soi, confortablement installé, et observer un phénomène céleste auquel on n’est pas préparé dans un lieu étranger sont deux choses bien distinctes. Il suffit de décrire le travail nécessaire à un astronome amateur pour apprendre à se repérer dans le ciel, les outils qu’il est obligé d’utiliser pour ne pas être perdu face à la voûte céleste, pour comprendre que lorsqu’on n’a pas ces outils on est facilement ébloui. Les astronomes amateurs observent dans des conditions tout à fait particulières, après s’être préparés, aidés par des outils qui cadrent leurs perceptions. Quant aux astronomes professionnels, ils n’observent pas le ciel mais des traces transmises par des instruments.

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MessageSujet: Re: Comment tordre le cou à quelques idées reçues à propos des s   Mar 08 Jan 2008, 18:23

Bref, il n’y a pas besoin de psychologie pour comprendre que les gens confondent parfois la Lune avec une soucoupe. Il suffit simplement de comprendre comment leur culture scientifique a été construite. Or, de nos jours, la culture scientifique est une culture livresque qui n’est pas censée aider à construire une position d’observateur.

En définitive, ce qui apparaît comme aberrant n’est pas la prétendue inculture scientifique des témoins d’ovnis mais, plutôt, cette absence de réflexion de la part des sceptiques qui voient de l’irrationnel là où il n’y a rien d’autre que la conséquence de la manière dont la culture scientifique est produite et diffusée. Les gens ne sont pas ignares, ils sont au contraire sur cultivés. Par contre, la culture scientifique ne prévoit pas les situations où l’on pourrait être amené à voir, ailleurs que dans des livres ou sur un écran, ces objets produits par la science et la technique.

Il apparaît donc qu’il n’y a pas lieu d’opposer la croyance des témoins au savoir des scientifiques. Il n’y a qu’une opposition entre des objets théoriques et des objets perçus, entre des personnes qui ont les moyens de relier les deux catégories et d’autres qui n’ont pas ces moyens. Il s’agit d’une différence d’éducation scientifique tout à fait locale, en aucun cas d’une divergence de pensée ou de mentalité.

Pourquoi croyons-nous tant que les autres croient ?
On entend dire souvent que l’ufologie est une pseudoscience, que l’ovni est une forme de croyance, d’irrationnel. A l’examen, les arguments des "sceptiques" sont au moins aussi faibles que ceux qu’ils attribuent aux naïfs. Ils réservent en effet aux soucoupes des arguments qu’ils n’utilisent pas pour les faits scientifiques "normaux". Finalement, ce sont eux les naïfs. Ils veulent passer pour des gens sérieux qui ne croient pas aux ovnis. Mais ils croient dur comme fer qu’il existe des naïfs qui croient aux ovnis. S’il y a bien une bizarrerie, c’est celle-là. Et les sceptiques demandent souvent au sociologue d’expliquer ces croyances et leurs raisons profondes. Mais s’il y a une chose que la sociologie nous enseigne depuis peu, c’est de ne pas croire en la croyance. Je m’explique : l’hypothèse selon laquelle les témoins et les passionnés d’ovnis ne se comportent pas comme des esprits rationnels, l’hypothèse selon laquelle il y aurait une profonde différence entre ceux qui examinent les faits sans se laisser influencer par leurs croyances et ceux qui sont incapables d’une telle maîtrise épistémologique et méthodologique, l’hypothèse selon laquelle les témoins et les amateurs de soucoupes sont des naïfs à l’esprit influençable, cette hypothèse, pour séduisante qu’elle puisse paraître au premier abord, ne fournit pas, finalement, une explication très performante. Tout d’abord, parce que, comme le faisait remarquer Isabelle Stengers : le chercheur qui procède ainsi "utilise alors le type de technique rhétorique par rapport à laquelle la science est censée se démarquer : utiliser le pouvoir des mots pour occulter une difficulté, pour faire taire un problème" [13] Ensuite, parce que des études toujours plus nombreuses en histoire et en sociologie des sciences, malheureusement inconnues en dehors de quelques cercles de spécialistes, permettent d’établir qu’il n’y a pas d’un côté des gens sérieux et de l’autre des naïfs, qu’il n’y a pas d’un côté du savoir et de l’autre de la croyance. Il n’y a pas de différences profondes entre la pensée des scientifiques et celle des amateurs de soucoupes ou de paranormal. Ce résultat, qui a des implications importantes en sociologie, a aussi des implications pratiques sur la façon dont on traite les énoncés dans le cadre des débats et notamment la différence de traitement que l’on réserve aux amateurs d’ovnis par rapport aux scientifiques qui étudient la vie extraterrestre.

En fin de compte, répétons-le, la seule bizarrerie c’est l’idée que les autres croient. Parler de naïfs à propos des ufologues ou des témoins d’ovnis revient à entériner un modèle aujourd’hui largement battu en brèche de la culture scientifique selon lequel le public n’est bon qu’à apprendre, de gré ou de force, et non à discuter la connaissance scientifique. Pendant deux siècles au moins on a envisagé que le savoir allait du haut vers le bas, des savants vers le peuple. Le peuple devait apprendre. Lorsque des énigmes comme le magnétisme animal, les phénomènes spirites ou les soucoupes volantes se produisaient, on invoquait l’irrationalité, on nommait éventuellement une commission scientifique dont les conclusions étaient invariablement les mêmes : il n’y a rien et ça ne fait nullement avancer la science d’étudier de tels phénomènes.

Les savants ont du public et de son prétendu "émerveillement face aux soucoupes" des idées très naïves, au moins autant que celles qu’ils attribuent à ce public sur les soucoupes. Aujourd’hui d’autres modèles que celui de la science savante et de la nécessité de sa vulgarisation pour contrer le "besoin de merveilleux" d’un public naïf ont apparu [14]. Aujourd’hui le savoir est négocié et non plus seulement ingurgité de gré ou de force. Aujourd’hui on ne peut plus se contenter de séparer la connaissance et la croyance, la science et la superstition. Les ethnopharmacologues étudient les remèdes des chamans, l’hypnose n’est plus une science occulte et l’on commence (oh, encore si peu !) à écouter les malades sur leur lit d’hôpital. Quand un non-savant s’exprime, on commence à envisager de l’écouter et on l’invite, parfois, à la table des négociations (ce n’est pas toujours de gaieté de cœur et il faut se battre pour obtenir un tel droit de parole). Comme l’hypnose, comme les remèdes de chamans, comme les irradiés de Mururoa, comme les débats sur la dépénalisation du haschisch, les soucoupes nous offrent une formidable opportunité de suivre comment cette négociation s’opère, comment certains négocient le droit à produire des faits et de la connaissance face à des experts qui ne peuvent plus se contenter d’échappatoires en invoquant le manque de culture scientifique ou la superstition. Ce qui s’est généralisé avec les Verts, Act Up ou le Généton, on le trouvait dès les années cinquante dans les clubs soucoupistes : cette volonté de la part d’amateurs de discuter les contenus des savoirs scientifiques. "Nous avons un problème ; nous voulons qu’il soit pris au sérieux et nous ne voulons pas être exclus du débat à si peu de frais", clament tous ces acteurs. Or, si l’on accepte que les savoirs sont discutables et négociables, il faut renverser le sens de la critique : c’est le savant dont les idées doivent être discutées. La question n’est plus : pourquoi voit-on des soucoupes ? Mais bien : pourquoi les scientifiques n’en voient-ils pas ? Quels dispositifs utilisent-ils pour leur permettent de voir ces phénomènes scientifiques que personne ne voit et pas ces ovnis que n’importe qui peut voir ? L’idée n’est pas d’affirmer l’existence des soucoupes mais de décrire les moyens utilisés pour rendre visibles les faits, qu’il s’agisse des ovnis ou des trous noirs et de montrer ainsi que le partage que l’on établit entre des esprits rationnels et des naïfs ne tient pas. Il n’y a pas de Grand Partage, il n’y a que des petits partages entre des façons de construire la réalité. Et s’il n’y a pas de Grand Partage, il n’y a pas lieu de réserver un “ traitement de faveur ” aux soucoupes et à leurs témoins.

Où sont les différences ?
Fort bien. Les arguments classiques servis à propos des soucoupes sont défaits. Deux questions se posent alors.

1)Pourquoi ces arguments reviennent-ils sans cesse ?
2)Où se situent les différences entre science et parascience, entre astronomie et ufologie ?

Car il y a bien des différences. A commencer par celle du statut des deux domaines. Alors que les sciences sont valorisées, les disciplines comme l’ufologie sont rejetées. Nous avons vu que ces différences ne sont pas aussi importantes qu’on pouvait le croire, qu’il n’y a pas des esprits crédules opposés à des savants. Mais, même si elles ne permettent pas de rejeter les parasciences comme l’ufologie dans un tiers-monde de la pensée, même si elles illustrent la pluralité des mondes culturels, les différences demeurent et ses traduisent tout le temps par l’affirmation d’un Grand Partage entre rationalité et irrationalité.

On peut proposer une hypothèse : l’idée d’une différence intellectuelle entre science et parascience, entre astronomie et ufologie, se maintient parce que les partisans des soucoupes pensent que les questions posées par les sceptiques sont légitimes. Ainsi, ils seraient les premiers à entériner l’idée d’un Grand Partage. Les ufologues ne perdraient pas la partie parce que les soucoupes n’existent pas, parce que leurs témoins lisent de la S-F (comment pourraient-ils faire autrement : tout le monde "lit de la S-F", d’une façon ou d’une autre), parce qu’ils seraient irrationnels. Non, ils perdraient la partie parce qu’ils acceptent les termes d’un débat dont l’issue est inscrite dans la façon de poser les questions.

Les ufologues s’attachent à démontrer que "les témoins ne lisent pas de S-F". Il serait plus judicieux de demander pourquoi diable un témoin, même s’il lit de la S-F, aurait moins le droit de penser "droit" qu’un scientifique qui en lit tout autant ! Finalement, les sceptiques gagnent la controverse, non pas parce qu’ils ont convaincu de la justesse de leur point de vue, mais parce qu’ils sont parvenus à faire accepter leurs questions comme légitimes. Dans une controverse, le plus dur n’est pas de gagner mais de se faire accepter comme participant. Les amateurs d’ovnis ne sont pas acceptés mais ils acceptent leurs adversaires comme opposants légitimes et les questions posées par ces adversaires comme les seules recevables. Leur erreur est là. C’est pour ça qu’ils ne pourront rien prouver : ils acceptent les termes d’un débat posés de telles façon qu’ils leur interdisent l’accès à un réel débat en le déviant systématiquement vers des questions en forme d’échappatoire. Tant que les ufologues répondront que leurs témoins ne lisent pas de S-F, qu’ils ne sont pas tous irrationnels, ils perdront la bataille. Et c’est bien là l’aspect fascinant des idées reçues examinées dans cet article : elles parviennent même à convaincre les "croyants".

Que se passerait-il si les ufologues, ou un nombre suffisant d’entre eux, se mettait progressivement à poser les bonnes questions ? Impossible de le dire. On peut toutefois imaginer un scénario à partir de cette hypothèse, un scénario qui a d’ailleurs déjà été esquissé par le passé à diverses reprises. Ici et là, en effet, certains sont sortis du rang et ont posé d’autres questions. C’est le cas, par exemple, d’Allan Hendry aux États-Unis à la fin des années 70 [15] ou encore des enquêteurs de la Sobeps lors de la vague d’ovnis survenue en Belgique en 1989-90 [16].

Maintenant qu’on a tordu le cou à quelques idées reçues, le débat va peut-être pouvoir repartir sur de bonnes bases. On peut rêver...

P.-S.
Cet article est originellement paru dans la revue Bifrost n°19, juillet 2000. Il est publié ici avec l’autorisation de son auteur, Pierre Lagrange
Notes
[1] Jean-Pierre Petit, Le Mur du silence, Paris, Belin, 1983 (il s’agit d’une bande dessinée de vulgarisation scientifique).

[2] Jean-Pierre Pharabod, AVNI, les armes volantes non identifiées, Paris, Odile Jacob, 2000, p. 123.

[3] James Lequeux, La Nouvelle révolution astronomique, Paris, Hachette, 1981, p. 178 ; André Brahic, Enfants du Soleil, Paris, Odile Jacob, 1999, p. 313.

[4] L’astrophysicien américain Peter Sturrock a réalisé une étude auprès de ses collègues qui montre qu’ils observent effectivement parfois des phénomènes inexpliqués sans savoir où les rapporter. Peter A. Sturrock, "Report on a Survey of the membership of the American Astronomical Society Concerning the UFO Problem", Journal of Scientific Exploration vol. 8, 1994, p. 1-45, 153-195, 309-346.

[5] Carl Sagan avec Jerome Agel, Other Worlds, New York, Bantam, 1975, p. 113.

[6] GEPAN : Groupe d’Étude des Phenomènes aérospatiaux non identifiés, service dépendant du Centre spatial de Toulouse fondé en 1977.

[7] Ron Westrum, 1978. "Science and Social Intelligence About Anomalies : the Case of Meteorites", Social Studies of Science, vol. 8, pp. 461-493.

[8] Voir Léon Chertok et Isabelle Stengers, L’Hypnose, blessure narcissique, Paris, Synthélabo-Laboratoires Delagrange (collection Les Empêcheurs de penser en rond).

[9] Jean-Roch Laurence et Campbell Perry, Hypnosis, Will and Memory : A Psycho-Legal History, New York, Guilgord Press, 1988.

[10] Bruno Latour, La Science en action, Paris, Gallimard, coll. Folio, 1995, chapitre 5.

[11] William Hillman, M. Le Président. Carnets, lettres, archives et propos de Harry S. Truman, Paris, Amiot-Dumont, 1952, p. 184.

[12] Evry Schatzman, "Une mystification : les soucoupes volantes", L’Education nationale, 26 avril 1951, p. 10.

[13] Isabelle Stengers, "L’anomalie belge", préface à l’ouvrage de la Sobeps (Société belge d’étude des phénomènes spatiaux), Vague d’ovnis sur la Belgique, vol. 2, Bruxelles, Sobeps, 1994, p. 10.

[14] Cf. Michel Callon, "Des différentes formes de démocratie technique", Les Cahiers de la sécurité intérieure n° 38, 4e trimestre 1999, p. 35-52 et Bernadette Bensaude-Vincent, L’Opinion publique et la science. À chacun son ignorance, Institut d’Edition Sanofy-Synthélabo, collection « Les Empêcheurs de penser en rond », 2000.

[15] Allan Hendry, The UFO Handbook : A Guide to Investigating, Evaluating and Reporting UFO Sightings, Londres, Sphere Books, 1980.

[16] Jean-Christophe Monferran et Pierre Lagrange, En quête d’ovnis, documentaire, Cité des Sciences, La Villette, 1990.

http://www.cielinsolite.fr/spip.php?article6

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