"Les pouvoirs inconnus de l'homme"
Les apparitions
Chapitre V"Des roues sur la mer" par Charles H. Fort

Un cas typique de « roue marine »« Votre excellente revue Knowledge se spécialisant dans les phénomènes météorologiques, je suis tenté de vous demander l'explication du suivant, dont j'ai été témoin à bord du steamer Patna, de la Compagnie des Indes britanniques, lors d'un voyage dans le golfe Persique. En mai 1880, par une nuit très sombre, vers 11 h 30, apparurent soudain dans le ciel de part et d'autre du navire, deux énormes roues lumineuses pivotant sur elles-mêmes, et dont les rayons semblèrent frôler le navire au passage. Ces rayons mesuraient de deux cents à trois cents mètres de long et ressemblaient aux verges des maîtresses d'école. Et bien que chaque roue dût avoir cinq cents ou six cents mètres de diamètre, on apercevait toujours distinctement les seize rayons qu'elle comportait. Sans autre lumière visible dans l'air au-dessus de l'eau, cette lueur phospho¬rescente sembla glisser à plat sur la surface de l'océan. L'apparence de ces rayons peut être presque exactement imitée en agitant, d'une barque, une lanterne horizontalement au-dessus de l'eau, et en lui faisant décrire (les cercles concentriques. Les roues ont escorté le navire vingt minutes durant. Ont assisté, à part moi, au-dit phénomène : le capitaine Avern, du Patna, et M. Manning, troisième officier.
Lee Fore Brace.
Globes lumineux en merJ'emprunterai ma première donnée à une publication puritaine, Science qui ne nous a fourni que peu de matériel : les puritains se dévergondent rarement. D'après un rapport adressé au Bureau hydrographique de Washington (branche californienne), à minuit, le 24 février 1885, par 37° lat. N. et 170° long. E., quelque part entre Yokohama et Victoria, le capitaine de l'Innerwich fut réveillé par son second, qui avait vu dans le ciel une chose anormale. Le temps de se réveiller (cela peut être long), le capitaine gagna le pont du navire et vit le ciel en feu. « Soudain une large masse enflammée apparut au-dessus du navire, aveuglant complètement les spectateurs », et tomba dans la mer. Sa taille peut être évaluée, d'après le volume d'eau qu'elle souleva, et qui se rua sur le navire avec un bruit assourdissant, le submergeant «sous une écume blanche et rugissante ». Le capitaine, un vieux marin plein d'expérience, déclare que l'horreur du spectacle défiait toute description. On dit que cette « grosse boule de feu » s'éleva près du cap Race à cent cinquante mètres de hauteur. Certains l'identifièrent à un « éclair en boule » 2, mais Flammarion la décrivit comme de taille énorme. Le capitaine Moore, du vapeur anglais Siberian, déclare que l'objet se déplaça « contre le vent » avant de disparaître et qu'il avait déjà, au même endroit, vu de telles apparitions.
Le 18 juin 1845, à bord du brigantin Victoria, à mille trois cents kilomètres d'Adalie, en Asie Mineure, par 36° 40' 56" de lat. N. sur 13° 44' 36" de long. E., on vit trois corps lumineux sortir de l'océan à quarante mètres du navire et rester visibles dix minutes durant. Le Pr Baden-Powell a publié une lettre d'un correspondant du mont Liban qui décrit le même prodige mais ne cite que deux corps lumineux cinq fois plus gros que la Lune, et dotés d'appendices « en forme de voiles » ressemblant «à de grands drapeaux gonflés par la brise ». La notion importante en ce cas précis est celle de durée. Un météore dure quelques secondes, rarement plus de quinze, bien que certains aient atteint une demi-minute. Les objets du mont Liban furent visibles une heure. Les appendices ne ressemblaient pas à des traînes de météores, car « leur lueur semblait provenir des corps eux-mêmes ». A Adalie, Asie Mineure, à mille trois cents kilomètres du Victoria et au même moment, le révérend F. Hawlett, cité par le Pr Baden-Powell, assista au spectacle dont il évalua la durée à une demi-heure. Le phénomène fut également signalé de Syrie et de Malte, sous la forme de deux corps « étroitement liés » 5.
A Cherbourg, en France, le 12 janvier 1836, un corps lumineux représentant les deux tiers de la Lune sembla pivoter comme sur un axe : il portait en son centre une cavité sombre. Le 20 décembre 1893, un corps lumineux traversa la Virginie, la Caroline du Nord et la Caroline du Sud, d'ouest en est; à 15° au-dessus de l'horizon, il resta immobile un quart d'heure durant. Il ressemblait, dit-on, à une énorme roue blanche, et pour écarter toute possibilité d'une illusion d'optique, on rappelle que le bruit de son passage dans l'air fut très remarqué. Au bout de vingt minutes, il disparut ou explosa dans le plus grand silence. De vastes constructions en forme de roue seraient adaptées tout spécialement à traverser un milieu gélatineux d'une planète à l'autre. Parfois elles pénètrent par erreur de calcul dans l'atmosphère terrestre, et sous menace d'explosion, doivent plonger au fond des eaux, y demeurent un temps, puis émergent à proximité des navires. Leur route habituelle semble se situer aux latitudes proches du golfe Persique.
Le 4 avril 1901, à 8 heures 30 du matin, dans le golfe Persique, le capitaine Hoseason, du vapeur Kilwa, voguait en pleine mer. « L'eau n'était pas phosphorescente », retenez bien ceci. Soudain de vastes « ondulations » lumineuses apparurent à la surface des eaux. Elles n'émettaient qu'une faible lumière et s'éteignirent au bout d'un quart d'heure environ, après avoir évolué à dix kilomètres à l'heure. On incrimina cette fois l'éternelle sauvegarde de la Vieille Dominante : des bancs de méduses.
Le 5 juin 1880, au large de la côte de Malabar, le commandant Harris, du vapeur Shahjehan, vit, à dix heures du soir, sur une mer calme et par un ciel sans nuage, un objet si étrange qu'il fit arrêter son navire. Il décrit des vagues entre-espacées de lumière brillante, et une substance non identifiable flottant sur les eaux : elle n'illuminait rien, mais semblait éclairée, avec le restant de la mer, par de gigantesques rayons lumineux. « Onde sur onde se succédaient, en l'un des spectacles les plus grandio¬ses et les plus solennels qui se puisse imaginer. »
L’extrait d'une lettre de M. Douglas Carnegie, de Blackheath, Angle terre : « Au cours de ce voyage, j'ai assisté à l'une des plus extravagantes manifestations électriques que j'ai jamais vues. » Dans le golfe d'Oman, il aperçut une nappe phosphorescente apparemment calme. Mais à vingt mètres de l'endroit décrit, « des rayons de lumière aveuglante vinrent frapper l'avant du navire à une vitesse prodigieuse qu'on peut estimer de cent à deux cents kilomètres à l'heure ». Les ondes avaient trois mètres d'écartement. « Je recueillis un seau d'eau et l'examinai au microscope, sans rien détecter d'anormal. Les rayons semblaient prove nir des profondeurs marines. Ils nous frappèrent d'abord par le travers, et je remarquai qu'un navire voisin ne brisait pas leur trajectoire : on aurait dit qu'ils le traversaient d'outre en outre 3. » Le golfe d'Oman est à l'entrée du golfe Persique.
Mr. S.-C. Patterson, second du vapeur Delta, raconte que, le 14 mars 1907, dans le détroit de Malacca, il vit pendant une demi-heure « des rayons qui semblaient pivoter sur un centre, comme les rayons d'une roue : ils semblaient mesurer trois cents mètres de long ». Le capitaine Evans, hydrographe de la marine anglaise, signale que le commandant Pringle, du navire Vulture, a remarqué par 26° 26' de lat. N. sur 53° 11' de long. E., dans le golfe Persique, le 15 mai 1879, des ondes lumineuses ou des pulsations aquatiques se déplaçant à grande vitesse. Précision appréciable, il souligne que les ondes lumineuses passèrent sous le Vul¬ture. « En regardant vers l'est, on aurait dit une roue pivotant sur son axe, et dont les rayons s'illuminaient, pendant que, vers l'ouest, une roue identique avançait dans le sens opposé. Les ondes de lumière s'éten¬daient de la surface aux profondeurs marines. » Le commandant Pringle pense que les rayons venaient d'une seule roue, et que le dédoublement était pure illusion. Il estime que les objets avaient quarante mètres de large, étaient espacés de cent cinquante mètres, et se déplacèrent à qua¬tre vingts kilomètres à l'heure pendant trente-cinq minutes, à 9 heures 40 du soir. Après leur passage, le bateau traversa de larges nappes d'une substance flottante qui ressemblait à « des bancs de frai huileux » . A la page 48 de la même publication, E.-L. Moss dit qu'en avril 1875 il a vu sur le Bulldog, à quelques kilomètres au nord de Vera Cruz, une série semblable de lignes lumineuses. S'il parle de Vera Cruz, au Mexi¬que, c'est là notre seul cas situé dans les eaux de la côte orientale.
Une odeur de soufreL'Annuel Météorologique rapporte un « singulier phénomène » aperçu par le capitaine Gabe, du vapeur danois Bintang. A 3 heures du matin, le 10 juin 1909, en plein détroit de Malacca, le capitaine vit une roue lumineuse pivoter au ras de l'océan. Le centre étant proche de l'horizon, on n'en pouvait apercevoir que la moitié, qui demeura visible quinze minutes. Les mouvements de cette roue n'étaient pas synchrones de ceux du navire 2. L'Institut danois cite un autre cas : le capitaine Breyer, du vaisseau hollandais Valentijn, vit, à minuit, le 12 août 1910, dans le sud (le la mer de Chine, une rotation d'éclairs. « On eût dit une roue horizon Iule, tournant rapidement au-dessus de l'eau », et produisant sur l'équipage « un profond sentiment de malaise. »
Je recommande aux sceptiques de méditer sur la localisation (à une Meule exception près) à l'océan Indien et ses eaux adjacentes, golfe Persi que d'un côté, mer de Chine de l'autre. Bien qu'Intermédiariste, je trouve irrésistible l'attrait d'une tentative d'approche positiviste du Complet.
Enfin, à la réunion de l'Association britannique, en 1848, sir W.S. Harris lut le compte rendu d'un navire vers lequel « avaient tourbil- tonné deux roues de feu, que l'équipage compara à des meules de flam mes » . Dès qu'elles s'approchèrent, un affreux craquement retentit : les mâts de hune furent pulvérisés. On dit qu'il y eut une forte odeur de souffre.
Charles H. Fort
1.L'Astronomie, 1887, 76.
2.Nature, 37-187.
3.La Foudre et le Tonnerre, p. 68.
4.Meteorological Journal, 6-443.
5.Rept. of the Brit. Ass., 1860, 82.
6.Rept. of the Brit. Ass., 1860.77. Autres données de roues lumineuses : Nature,22-617 et 225, Monthly Weather Review, 1883, 264.
7.L'Astronomie, 1894, 157.
source: "les pouvoirs inconnus du l'homme- Les apparitions", chapitre V, Des roues sur la mer. Charles H. Ford.